Accord du 23 mars : portes et fenêtres de la RDC ouvertes aux «voisins»

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Perçu jusque-là comme un tabou, l’Accord du 23 mars 2009 conclu par le gouvernement congolais et la rébellion du CNDP (Congrès National pour la Défense du Peuple), effacé au mois d’avril 2012 par le M23 qui assume désormais son actif et son passif, a fini par être discuté publiquement le lundi 03 novembre 2012 à la tribune du Sénat. Grâce à la question orale avec débat adressée par le sénateur Mokonda Bonza au gouvernement, de nombreuses langues se sont déliées.

Bien que sur le tard, la chambre haute du Parlement a enfin montré la voie du débat à l’ensemble de la communauté nationale. Il est à espérer que le semi-déballage de lundi dernier  va permettre aux idées de circuler abondamment au sujet de la situation sécuritaire de l’Est. Plus les Congolais vont se parler, pense-t-on, et davantage des « vérités » pourraient être tirées des placards pour servir à la construction d’une paix durable dans cette partie du pays. Pendant que des millions de compatriotes se réjouissent de la fin de la langue de bois au niveau du Sénat, ils ne peuvent chasser de leurs esprits le spectacle désolant que continue de leur offrir l’Assemblée Nationale, où les députés sont prêts à en venir aux mains pour maintenir un voile tout noir sur ce qui se passe au Kivu. Comment mobiliser les Congolaises et Congolais pour sauver la patrie en grand danger de balkanisation, s’il leur est interdit de savoir qui a fait quoi pour que le Nord-Kivu soit transformé en un Etat dans un Etat? Pour d’aucuns, la chambre basse du Parlement s’est autodisqualifiée et ne devrait plus, en toute logique, traiter des questions sécuritaires de l’Est du pays.

Car, au terme des échanges entre la plénière du Sénat et les ministres en charge de la Défense Nationale, des Affaires Etrangères ainsi que le vice-ministre de l’Intérieur, il a été constaté que le M23 est une rébellion créée de toutes pièces par le Rwanda et l’Ouganda, avec pleins d’infiltrés civils et militaires de ces deux pays. Par conséquent, l’Exécutif national congolais est tombé dans plusieurs pièges, notamment celui du découpage du territoire national pour satisfaire les caprices d’une ethnie aux velléités séparatistes, de la création d’une police spéciale et d’une administration spéciale pour sa sécurité, de la privatisation des chaînes de commandement de l’armée et de la police nationale à son seul profit, de l’amnistie générale des crimes de ses membres depuis 2003, du placement de ses « chômeurs » dans les institutions de la République, les entreprises publiques et l’administration publique, de la prise en charge de la nébuleuse des réfugiés, etc.

Ce «mariage» contre nature ressemble, à maints égards, à une politique de portes et fenêtres de la RDC» largement ouvertes à ses «voisins  de l’Est. S’il est acquis, comme l’ont révélé les rapports préliminaires et finals des experts des Nations Unies ainsi que les propres enquêtes du gouvernement congolais, que le M23 est un pantin articulé des régimes de Kigali et Kampala, l’on peut en déduire que l’Accord du 23 mars offre, aux parrains de ce mouvement rebelle, toutes les opportunités de positionner leurs hommes de mains congolais, rwandais et ougandais dans tous les rouages de la vie nationale congolaise.

Il importe du reste de souligner qu’à la lumière d’alliances à répétition entre les rébellions congolaises et les maîtres de Kampala et Kigali, le système congolais de défense et de renseignements n’a plus de secret pour ceux-ci. A partir de Kampala ou de Kigali, les officiers et soldats rwandais ou ougandais savent à quel point frapper pour mettre l’armée congolaise à genoux. Il a été donné d’apprendre que les chaînes de commandement de l’armée et de la police nationale congolaises sont truffées de sujets rwandais et ougandais.

Il a été du reste constaté une chose bizarre : il s’agit d’un mouvement général de défections d’officiers et soldats rwandophones des FARDC au Nord et Sud-Kivu, dès que le général Bosco Ntaganda, traqué par le mandat d’arrêt international émis contre lui par la CPI (Cour Pénale Internationale), a pris ses distances vis-à-vis du pouvoir de Kinshasa et décidé de sauver sa peau en provoquant une mutinerie. Par la suite, afin de ne pas gêner l’initiative des mutins vis-à-vis de la communauté internationale, il a subtilement passé la main au colonel Sultani Makenga qui, à son tour, s’est débarrassé du label CNDP au passé sombre au profit de celui, vierge, du M23.

Dans le contexte actuel, si l’Accord du 23 mars 2009 est très mal évalué dans ses volets politiques, militaires, administratifs, économiques et sociaux, l’on va assister à une nouvelle invasion des FARDC, de la Police nationale congolais, et des centres de décision de la République par des Congolais, des Rwandais et des Ougandais ayant un pied dedans et un pied dehors, comme en 1996 lors de la guerre de « libération » de l’AFDL (Alliance des Forces Démocratiques pour la Libération du Congo) et en 2003 avec l’Accord Global et Inclusif ayant sanctionnant la fin du Dialogue Intercongolais.

Le décor planté avec l’Accord du 23 mars 2009 fait peser sur la RDC la menace de voir le Nord-Kivu basculer dans l’escarcelle du Rwanda, et la Province Orientale dans celle de l’Ouganda.

Jacques Kimpozo

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