Accord d’Addis-Abeba : 2 ans après, où en sommes-nous ?

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De nombreux officiels congolais, des diplomates et partenaires à la coopération, des activistes de la Société civile, des étudiants, des journalistes, etc. ont pris d’assaut la salle des conférences internationales du ministère des Affaires étrangères, hier mardi 3 mars 2015, à l’occasion du deuxième anniversaire de la signature de l’Accord- Cadre d’Addis-Abeba. Célébré autour du thème « la consolidation de la paix et la stabilité pour le développement dans la région des Grands Lacs »,  cet événement est l’occasion, selon François Muamba Tshishimbi, coordonnateur national du Mécanisme national de suivi des accords conclus par la RD Congo(MNS), pour le gouvernement d’affirmer haut et fort que le but poursuivi en signant cet Accord était celui de sortir la RDC définitivement du statut des pays en conflit ou post conflit pour la propulser, résolument, dans l’univers des pays qui, tirant les dividendes de la paix et
de la stabilité, progressent et se développent sur base d’une croissance forte et distributive du bien-être social à ses populations.

Le bilan

Deux ans après la mémorable signature d’Addis-Abeba, où en sommes-nous dans la mise en œuvre de ces engagements nationaux souscrits par la RDC ? D’une manière générale, a répondu François Muamba, la RDC a enregistré des progrès significatifs  dans la mise en œuvre de ses engagements. A titre exemplatif, dans le secteur de la sécurité, la réforme des FARDC se poursuit étape après étape, notamment par la maitrise des effectifs, la bancarisation de la paie, la relance des académies militaires et écoles d’application, la mise en place des Unités de Réaction Rapide, l’amélioration des conditions de vie des soldats ou encore l’installation de nouvelles structures organiques.
Le programme de Désarmement, Démobilisation et Réinsertion (DDR), poursuit-il, est au cœur du processus difficile d’éradication des groupes armés et autres forces négatives de notre espace, en particulier dans la partie orientale de la RDC. « A cet égard, notons que la phase préliminaire du Programme DDR III  est en train d’être achevée et est exécutée sur un financement total du Gouvernement de la RDC. Il y a lieu de noter que dans ce cadre, plus ou moins 5000 ex-Combattants sont pris en charge dans 3 Centres de Triage en attendant leur démobilisation et  réinsertion», a-t-il appuyé. Puis d’ajouter, au sujet du DDR III proprement dit,  que les conditions de son lancement sont à présent réunies notamment en ce qui concerne son financement. En clair, sur les $ 85 millions nécessaires sur quatre ans, le Gouvernement s’apprête à libérer USD 10 millions et ses partenaires ont, à ce stade, souscrit pour USD 50 millions, dont
USD 8 millions proviendront de la MONUSCO.
Concernant la réforme de la Police, elle est aussi très avancée notamment avec la promulgation de la loi de programmation et de l’opérationnalisation de la  police de proximité dans le Sud Kivu, dans la Province Orientale, au Bas-Congo, au Kasaï Occidental  et à Kinshasa.
Dans le secteur de la consolidation de l’autorité de l’État, le numéro 1 du MNS a relevé que la mise en place des instruments régaliens se poursuit dans les territoires repris aux ex-Combattants du M23 et aux autres groupes armés. Ainsi, les administrateurs et les inspecteurs de la territoriale sont progressivement déployés, les postes de Police et les Tribunaux de Paix sont installés, avec comme conséquence le retour des déplacés internes et la fermeture de la quasi-totalité des camps des  déplacés notamment autour de la ville de Goma.
A l’en croire, les bastions des terroristes ADF-NALU ont été démantelés, les opérations de nettoyage de poches résiduelles se poursuivent sans interruption. Avec la même attention, conclut-il, la RDC poursuit la mise en œuvre de la Déclaration de Nairobi ayant mis fin aux pourparlers de Kampala avec l’ancien mouvement rebelle du M23.
Dans le secteur de la Décentralisation enfin, il a expliqué que plusieurs textes ont été adoptés au cours de la session parlementaire extraordinaire de décembre 2014 à janvier 2015. Il cite, entre autres, deux lois qui viennent d’être promulguées, la loi organique portant fixation des limites des Provinces et de la Ville de Kinshasa ainsi que la loi organique portant programmation des modalités d’installation de nouvelles provinces.

Les défis

Nonobstant les progrès enregistrés, François Muamba a avoué que des défis énormes et des attentes jonchent encore le parcours de la RDC dans la nécessité de la mise en œuvre de l’Accord-cadre. Parmi ces défis, les plus urgents à mettre en œuvre sont : l’élaboration par les ministères sectoriels des plans de mise en œuvre de l’ensemble des engagements nationaux de l’Accord-cadre ; le suivi pour bonne fin de la candidature de la RDC, pays qui est le centre névralgique de l’Accord-cadre, à l’organisation du futur Forum pour les investissements privés dans des projets d’intérêts national et régional pour se tenir au cours du dernier trimestre de cette année 2015 ; l’intensification des opérations susceptibles de contribuer à la restauration complète et définitive de l’autorité de l’Etat dans l’Est y compris le Nord du Katanga ;
Au sujet particulièrement de la situation sécuritaire, François Muamba a mentionné que le dossier « ex-M23 » appelle l’accélération de la mise en œuvre des mesures volontaristes prises par le gouvernement à partir du mois de septembre 2014 sous l’impulsion du Chef de l’Etat. « Dans ce dossier, l’entendement du Gouvernement est d’achever au cours des prochaines semaines la mise en œuvre de la Déclaration de Nairobi qui n’a pas vocation à devenir une activité permanente » a-t-il appuyé.
Attestant que la milice des ADF s’adonne désormais au terrorisme, après avoir été délogée par les FARDC avec l’appui de la Monusco, le numéro 1 du MNS a rappelé à l’assistance que les FARDC ont démarré les opérations de traque contre les FDLR récalcitrants. « C’est ici le lieu de féliciter la perspicacité d’analyse de la Haute Hiérarchie  en ce qui concerne la position de la RDC sur cette question des FDLR et aussi et surtout, saluer la bravoure des   Forces Armées de la RDC lorsqu’il s’agit de défendre l’intégrité territoriale. Reconnaissant à juste titre  le rôle important joué par nos partenaires dans certaines  opérations militaires, nous indiquons que la défense du territoire nationale est une tâche qui incombe en priorité aux FARDC. Toutefois, il est souhaitable que le malentendu créé autour de ces opérations par la MONUSCO soit rapidement levé par le dialogue avec le Gouvernement, de manière à ne
pas entamer la bonne fin des opérations en cours » a-t-il exhorté.
Pour sa part, le général Denis Kalume, haut représentant du Chef de l’État au sein du Mécanisme régional de suivi de l’Accord d’Addis-Abeba, a indiqué que depuis la signature de l’Accord-Cadre, en date du 24 février 2013, le gouvernement de la RDC s’emploie sans désemparer à remplir ses engagements souscrits aux termes de cet Accord qui constitue un réel espoir pour la paix, la stabilité et le développement en RDC et dans l’ensemble de la Région. Signé à Addis-Abeba le 24 Février 2013 par la RDC aux côtés de 12 autres Etats de la Région, du Secrétaire Général des Nations Unies, de la Présidente de la Commission de l’Union Africaine, des Présidents en exercice de la SADC et de la CIRGL, l’Accord-cadre est articulé en 3 niveaux, à savoir : International, Régional et National.
Tshieke Bukasa