Abattement des salaires : de Mobutu à Hollande

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Le Chef de l’Etat français fraîchement élu et investi, François Hollande, vient de traduire en acte l’engagement qu’il avait pris pendant la campagne électorale, à savoir rabattre ses propres émoluments ainsi que ceux des membres du gouvernement. Ainsi, le Président de la République qu’il est ainsi que chacun de nouveaux ministres vont toucher  des salaires réduits de 30 % par rapport à ceux de leurs prédécesseurs.

Concrètement, le successeur de Nicolas Sarkozy, dont les émoluments buts étaient fixés à plus de 21.300 Euros, voit son enveloppe ramenée autour de 14.910 Euros.
 Cette cure d’austérité s’inscrit dans la droite ligne de son souci de voir les membres de l’Exécutif national partager, avec le commun des Français, les aléas de la basse conjoncture économique. Convaincu que les sacrifices devaient toucher tout le monde, François Hollande pense que cette marque de solidarité s’impose en attendant la mise en œuvre des stratégies destinées à booster la croissance, en  France comme en Europe.
 
La grande farce de Mobutu
 
En République Démocratique du Congo, les fausses promesses en rapport avec la réduction du train de vie des membres des institutions publiques remontent à l’époque de Mobutu. Les ex-Zaîrois se souviennent à ce propos, avec douleur et indignation, de la décision du Bureau Politique du MPR portant « Abattement » ou « Rabattement » des salaires des dignitaires du régime. En effet, face aux effets pervers du choc pétrolier de 1973 sur les économies africaines en générale et zaïroise en particulier, l’une des recettes imaginées par les dignitaires du MPR (Mouvement Populaire de la Révolution) fut de revoir à la baisse les salaires – inconnus du public – des membres du Bureau Politique et du Conseil Exécutif (gouvernement).
L’affaire fit grand bruit au sein de la classe politique et intellectuelle. Pour les uns, il fallait un « abattement » de salaires, pour donner un signal fort de la volonté du Chef de l’Etat de réduire le train de vie de ses collaborateurs. Pour d’autres, le concept de « rabattement » répondait mieux à l’objectif poursuivi, à savoir obliger les dignitaires du régime à serrer la ceinture, au même titre que le « peuple ». D’éminents économistes, les professeur Tshiunza Mbiye et Kawata Bwalum pour ne pas les citer, se rendirent célèbres dans l’animation de ce débat, notamment à travers leurs écrits dans l’hebdomadaire « Horizons 80 ».
Comme dans ce pays, tout finit toujours par se savoir, des millions de Zaïrois démunis se rendirent rapidement compte que le rabattement ou l’abattement tant vanté s’était arrêté à l’effet d’annonce. Mobutu et sa clique d’affameurs du peuple avaient conservé leurs émoluments et privilèges.
 
Réduire le train de vie de l’Etat : slogan creux
 
Plus d’une fois, les Congolais d’aujourd’hui ont déjà entendu des délégués des institutions financières internationales, notamment ceux de la Banque Mondiale et le Fonds Monétaire International, recommander à leurs gouvernants la compression des dépenses publiques. Ce même discours est souvent tenu par le Chef de l’Etat ou le Premier ministre. L’actuel chef du gouvernement, Augustin Matata Ponyo,  a fait savoir, que l’austérité allait être de mise dans la gestion des ressources de la République.
Nos concitoyens attendent, impatiemment, que cette fois, l’exemple vienne d’en-haut. Ils sont d’autant sceptiques que dans ce pays, les fonctions publiques sont devenues sources d’enrichissement pour ceux qui sont appelés à les exercer. Serait-ce facile de faire avaler la pilule du rabattement de leurs émoluments à des compatriotes qui les entourent d’un flou intégral à travers des luis clos systématique à l’Assemblée Nationale et au Sénat ? Ces hommes et femmes prêts à mourir pour leurs privilèges peuvent-ils consentir de souffrir avec le peuple qu’ils prétendent servir ?
En France au moins, celui qui a décidé de vivre comme un « Président normal » a montré le chemin du sacrifice.
 
Kimp

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