A quoi sert la Monusco ?

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cmdt-monusco copyDans un texte resté célèbre, John Doss Passos écrivait : « La tyrannie est toujours limitée par l’endurance des opprimés. Essayez de déterminer jusqu’à quel point un peuple peut accepter de se soumettre et vous connaîtrez le compte exact de maux et d’injustice qu’on lui aura infligés ».

Le jeudi 31 juillet dernier, devant la nouvelle menace brandie par le mouvement rebelle M23 de réoccuper la ville de Goma, la Monusco, la Mission des Nations Unies pour la Stabilisation de la RDC s’est fendu d’un très solennel ultimatum prévoyant la mise en place d’une « zone de sécurité » longue d’une vingtaine de kilomètres autour de l’axe Goma-Sake : une zone interdite à tout individu en armes qui n’appartiendrait aux forces de sécurité congolaises.

Cette stratégie saluée au départ par une partie de l’opinion publique congolaise a été qualifiée d’illisible et obscure par certains. Elle a fait bondir la société civile et les populations du Nord-Kivu en tête desquelles se trouvaient les jeunes de Goma qui se sont très rapidement mobilisés pour exiger aux forces de la Monusco d’élargir le périmètre de cette zone de sécurité au risque de se voir considérées comme « inutiles » et traitées comme telles. Des barricades ont été érigées en plein Goma, notamment dans le quartier populaire de Birere. Les populations du Nord-Kivu considèrent en effet que la zone ainsi imposée par la Monusco laisse en « sanctuaires » les multiples autres zones occupées par le mouvement rebelle M23 qualifié de force négative par la communauté Internationale ainsi que les localités où s’activent d’autres groupes armés, Maï Maï ou FDLR qui écument l’Est du pays depuis des lustres, rançonnant, pillant, assassinant et violant impunément au grand jour.

Pour ces populations, une zone de sécurité de 20 kilomètres seulement autour de Goma est un non-sens, car selon leur entendement, les opérations à mener contre toutes ces forces négatives doivent couvrir l’ensemble de la Province. Laisser ainsi aux rebelles le « droit » (il n’y a pas d’autres mots) d’occuper, voire d’administrer certaines zones, même de manière provisoire, équivaut, toujours selon ces populations, à balkaniser le pays en dessinant subrepticement une nouvelle frontière à l’Est.

Il convient de rappeler que par sa Résolution 1925 du 28 mai 2010 et à dater du 01 juillet de la même année, la Monusco remplaçait la Monuc créée le 30 novembre 1999 avec pour mission essentielle : « la protection des populations civiles ».

14 ans ont donc passé depuis l’envoi en République démocratique du Congo de la mission onusienne sans résultats palpables. Par le passé déjà, les populations congolaises dans leur ensemble s’interrogeaient sur le rôle, la crédibilité et le bien-fondé de la présence de cette force de plus de 20.000 casques bleus sur le sol congolais dans la mesure où, surtout lors des nombreux épisodes d’éruption de violence, aussi bien la Monuc que la Monusco ont systématiquement fait preuve d’une inefficacité décriée aussi bien par les Congolais eux-mêmes (qui les qualifièrent de « touristes ») que par les acteurs de la communauté internationale. Ces derniers, sous l’impulsion de la France ont, dans un sursaut de lucidité, décidé de créer une structure autonome au sein de la Monusco, la Brigade d’intervention. Dotée de ressources logistiques et humaines (3.000 casques bleus africains associés à leurs homologues des FARDC) suffisantes pour procéder, au besoin au désarmement forcé des groupes armés criminels de la région, la Brigade d’intervention n’a pas encore fini son déploiement que des couacs se font entendre déjà à sa tête sur sa véritable mission au Kivu.

Malgré l’évidence et les « jurisprudences », malgré les injonctions claires contenues dans la Résolution 2098 du Conseil de Sécurité de l’ONU qui a  créé et organisé la Brigade d’Intervention internationale dont la mission consiste à « traquer et à neutraliser toutes les forces négatives de la région », l’histoire semble se répéter au pays de Lumumba où les casques bleus semblent plus en promenade d’agrément qu’en mission de protection des populations civiles qui continuent à subir leur calvaire à quelques mètres des campements de ceux qui ont été envoyés à leur rescousse. Le sentiment général est que sur terrain, la Monusco continue d’envoyer des signaux contradictoires qui finissent par donner raison à tous les sceptiques pour qui la Communauté Internationale n’est pas vraiment déterminée à imposer une paix durable dans l’Est de la RDC.

Trop, c’est trop d’hypocrisie. Le rétropédalage imposé par Mary Robinson à la demande, semble-t-il, du président ougandais Yoweri Museveni, plus désireux de sauver sa crédibilité internationale en imposant une signature à un accord hérétique qui remet en cause l’Etat de droit démocratique en RDC, est la goutte d’eau qui risque de faire déborder le vase de la patience des Congolais. Les populations civiles de la RD Congo échaudées par les faux alibi du duo Museveni-Kagame qui sont les initiateurs/bénéficiaires de l’insécurité récurrente dans la région du Kivu en ont marre de cette guerre téléguidée que la Monusco vient accompagner au lieu d’y mettre fin. C’est la raison pour laquelle la courageuse société civile du Nord-Kivu a adressé une sommation comminatoire aux casques bleus onusiens pour qu’ils revoient leur stratégie. Pour éviter une dégradation dans les relations entre ces populations et les forces de l’ONU appelées à leur protection, mais dont les actions et les intentions réelles font l’objet d’interrogations, le Secrétaire général Ban Ki Moon devrait prendre la peine de recadrer les objectifs de son Envoyée Spéciale Mary Robinson qui aurait intérêt à maîtriser ses sympathies pro-rwandaises.

            Les Congolais ne sont pas des demeurés auxquels on peut faire prendre des vessies pour des lanternes en leur faisant croire contre toute évidence qu’avant la Résolution 2098 = après la Résolution 2098. « Comment peut-on comprendre que malgré une définition claire du mandat de la Monusco par la Résolution (2098 ndlr), malgré l’engagement souscrit par les pays de la région, malgré toutes les résolutions de l’Onu, et sa connaissance du terrain, Madame l’Envoyée Spéciale du Secrétaire Général de l’ONU se laisse aller à banaliser un mouvement rebelle, le M23, qui nargue continuellement la communauté internationale », s’interroge le président de la société civile nord-kivutienne exaspérée de voir : « le bras armé de la plus importante mission de l’Onu au monde continuer à tâtonner piteusement plus de dix ans après son déploiement au secours des populations civiles congolaises, à dessiner des cercles concentriques et à tracer des lignes de démarcation en lieu et place d’une opération de désarmement des forces négatives criminelles « et d’entendre « la plus haute responsable de l’organisation mondiale se faire l’avocate d’un accord politique entre un Etat membre des Nations Unies et un ramassis d’égorgeurs poursuivis par la justice internationale pour crime de guerre et crimes contre l’humanité ». Une chose et son contraire à la fois.

            Face à cette situation et dans le but de créer une véritable osmose entre la Monusco et les populations de la RDC en général et du Kivu en particulier, il est impératif que la Monusco brise le cercle de la méfiance par une nouvelle stratégie offensive qui ne laisse pas de place au doute et qui ne donne pas (ou plus) à penser que l’insécurité à l’Est de la RDC est un désordre organisé et planifié par la Communauté internationale elle-même pour des raisons occultes. Il faut que les populations civiles réalisent que la Monusco est un véritable rempart, un bouclier sûr et nécessaire pour leur protection tout comme pour une dissuasion qui mette définitivement fin aux aventures militaires dans la région des Grands Lacs africains. Les Congolais redoutent déjà que ne se dessinent un nouvel échec et une nouvelle prorogation du mandat de la Monusco à la suite de ce qu’ils qualifient de manœuvres dilatoires à répétition.

            Sans une réelle prise en compte de ces problématiques, la question récurrente qui continuera à occuper tous les esprits demeurera : A quoi sert cette Monusco ?

Correspondance particulière

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