50 ans après l’indépendance : le Congo malade de sa gouvernance

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La politique se définit de plusieurs manières : -De manière pragmatique, la politique est conçue comme une façon de démarchages et d’arrangements qui vise la satisfaction des intérêts. L’habileté dans les arrangements et les combines politiciennes ou les positionnements a fait qu’on parle « d’animal politique » en dénaturant évidemment le mot de ce grand philosophe qui est ARISTOTE.
– De façon idéaliste, la politique est conçue comme un combat pour des grandes causes, ou la recherche des biens collectifs traversés par un mobile éthique. La politique est alors l’art de gouverner les hommes en réalisant l’intérêt général ; déjà prônée par Aristote et qui s’est réalisée en Afrique par des personnes comme NELSON MANDELA pour ne citer que celle là.
– Enfin il y a la politique perçue comme une farce ou l’art de mentir pour se faire accepter au pouvoir, elle n’a d’égal que la tendance à ne jamais tenir ses promesses ; c’est ce que nous vivons au Congo depuis le maréchal MOBUTU jusqu’à ce jour.
Du point de vue étymologique, le mot politique signifie la gestion de la cité ou mieux de la RES PUBLICA, scientifiquement la politique a existée et existe dans toutes les sociétés, ce qui est différent, c’est seulement le degré de spécialisation, de différenciation et d’institutionnalisation des rôles.    
Si nous nous fondons sur une approche fonctionnaliste du système politique, celui-ci est un ensemble d’interactions qui enregistre des  inputs (des demandes) pour faire sortir des outputs (des décisions et allocations autoritaires des valeurs). Ces enregistrements et sorties sont enrichis par des feed–back (rétroactions) répondant non plus à une finalité morale ou religieuse, mais à une rationalité neutre.
Depuis HERODE, voici les fonctions qui sont remplies par tout système politique :
– La fonction d’élaboration des lois (parlement et sénat)
– La fonction d’exécution des lois (pouvoir exécutif- gouvernement)
– La fonction judiciaire (cours et tribunaux)
– La fonction d’expression des intérêts c’est-à-dire comment les intérêts sont ils exprimés dans des systèmes politiques. Ce qui sous-entend des intérêts opératoires ou significatifs au plan politique.
– La fonction d’agrégation des intérêts c’est-à-dire comment les demandes ou les intérêts sont agrégés ou combinés dans un système politique.
– La fonction de communication politique c’est-à-dire comment l’information est elle communiquée dans un système politique.
–  Et enfin la fonction de recrutement et de socialisation c’est-à-dire comment les gens sont recrutés et intériorisent leurs rôles dans un système politique.
Aristote renchérit en disant « l’office du sage législateur est de considérer pour une cité, une famille de peuples ou tout autre communauté, comment sera réalisée leur participation à une bonne vie et au bonheur qu’il est possible d’atteindre…. » 
Il répliqua aux cyniques et aux sophistes radicaux dans ces écrits : «.. Non, la communauté politique, la polis, n’est pas le fruit de l’artifice, le produit de la convention arbitraire comme la formule 1+4 ; elle est le couronnement naturel et nécessaire d’un développement progressif, dont chacune des étapes successives est elle-même naturelle et successive.. »
Ce qui est grave dans notre Congo, c’est que les dirigeants ne respectent aucune norme quant à la gestion moderne d’un Etat ; ils ne tiennent pas leurs promesses mais préfèrent s’accrocher au pouvoir sans apporter des solutions à la misère de la population.
A l’avènement de l’AFDL, que Feu MZEE Laurent désiré KABILA avait qualifiée de « conglomérat d’aventuriers », toute la population et surtout les intellectuels étaient conscients que MOBUTU avait  tué le pays. Dans cette euphorie, les discours des tombeurs du maréchal donnaient l’impression qu’ils allaient faire mieux  que les dirigeants de la 2ième République. Hélas, la situation est  pire que pendant l’époque de la dictature.
Le clientélisme bat son plein. La corruption, l’incompétence et la médiocrité : n’en parlons pas. La conséquence, c’est que le pays navigue à vue. Les gouvernements successifs multiplient des discours démagogiques pour donner un semblant d’espoir à la population, sachant que dans la réalité il n’y a rien à espérer. 
A titre illustratif, nous relevons ceci :
– Pendant la transition, on a vu un vice-président chargé de la Commission sociale, sans concertation avec le gouvernement, prendre des engagements avec les fonctionnaires pour un barème dit de « MBUDI » qui s’est révélé impossible dans la réalisation. Son collègue chargé des Infrastructures par contre est allé inaugurer la route de Selembao jusqu’à UPN avec pompes, avant que le chantier ne s’enlise. 
– En matière des routes, on confie des marchés à des entreprises sans expertise, ne possédant ni engins, ni personnels qualifiés pour la plupart. On est écœuré de constater qu’une entreprise à laquelle l’on confie la réfection d’une route puisse chauffer le bitume dans un fût avec des fagots de bois, au vu et au su de toute la population.  
– L’administration publique est devenue obsolète. Il n’y a aucune volonté politique de la réhabiliter : pas de frais de fonctionnement, de fournitures des bureaux, de lumière, de chaises confortables, ni de tables) alors que le plus grand chantier sinon le 1er devait être l’organisation de l’administration publique et du service public, car le développement ne peut se faire qu’avec une administration forte, outillée, modernisée et dotée des personnes  compétentes. Les fonctionnaires travaillent dans des conditions déplorables à Kinshasa et surtout à l’intérieur du pays. L’Etat est presque inexistant.
–  Il n’est pas normal qu’en 2010, même les communes de la République ne soient pas équipées d’ordinateurs qui fonctionnent en réseau et ne possèdent pas des comptes en banque. Personne ne sait combien génèrent nos communes par mois ; quel est leur budget annuel ; quels sont leurs attributions exactes et les taxes qu’elles doivent percevoir. Et pourtant si nos communes appliquaient les dispositions de la loi, elles pouvaient générer de grosses recettes à partir des taxes et impôts, souscrire des crédits pour construire des gymnases, des terrains de foot, des piscines municipales, arranger les routes… tout ça à cause de l’aventurisme politique. 
–  Nulle part au monde on a construit une armée en symbiose avec les rebelles qui gardent leurs grades et qui ne sont pas initiés dans l’art de l’armée. Nous avons comme résultat une armée faible, incapable de sécuriser le pays, la population et ses biens.
– Lors des élections de 2006, la Commission Electorale Indépendante, le Parlement, des politiciens et même des professeurs d‘université ont soutenu que « pour briguer le mandat politique (être candidat à l’élection) et diriger le pays à un poste de responsabilité quelconque, le critère des études faites et de compétence n’avait aucune importance. Voilà que les élections ont débouché sur la création d’une classe politique médiocre, incapable de réfléchir et de trouver des solutions à la misère des Congolais. Mais pour la gestion du portefeuille de l’Etat, on avait exigé des compétences et une grande expérience. N’est-ce pas là hypothéquer la vie future d’un pays ?
Il est étonnant de voir ceux qui ont voté hier cette loi se plaindre avec la population que rien ne marche, alors que c’est la conséquence logique d’une maison mal construite. 
-Venons en aux 5 chantiers de la République. Le chantier se définit simplement comme un lieu où l’on travaille à une construction. Il est vrai que les travaux de réhabilitation se font mais le timing de la fin des travaux pour ce 1er  mandat n’est pas connu. Après la célébration du Cinquantenaire, on a l’impression que les travaux sont stoppés.  
Nous estimons quant à nous que le chantier prioritaire du chef de l’Etat et du gouvernement doit être le social de la population, la réorganisation et la modernisation de l’administration publique et de l’armée, fondées sur des bases scientifiques, la méritocratie, la compétence et non le clientélisme et le tribalisme.
D’ailleurs lorsqu’on pose aux Kinois et Kinoises la question de savoir quel est   pour eux le chantier prioritaire, ils ne vous diront pas que c’est l’élargissement des boulevards de Kinshasa et la réhabilitation des certaines infrastructures. Que ceux qui dirigent fassent attention à ce qui se dit et se passe autour d’eux pour saisir les attentes réelles de la population.  
– Ce qui est encore étonnant, c’est que le Congolais ne paie ni impôt foncier, ni l’impôt sur les revenus locatifs, aucune redevance pour la télé ou la radio, les paiements de certaines taxes et prestations publiques vont dans les poches des fonctionnaires et ce, sans reçu ou note de perception. Le gouvernement ne cesse de dire que l’Etat n’a pas des moyens et pourtant il suffit d’une bonne organisation de l’administration publique et du sérieux dans l’application des textes, pour renflouer les caisses de l’Etat et payer correctement les fonctionnaires. Même pour la réfection des bâtiments, des tribunaux … tout est fait par l’Union européenne ou les partenaires extérieurs.  
Depuis l’époque belge, il y avait des quartiers urbanisés à Kinshasa comme Gombe, Limete, une partie de Kintambo et Ngaliema. A partir de la Deuxième République, c’est le règne des lotissements sans normes urbanistiques : sans réseau électrique, sans canalisation d’eau, sans espaces verts, sans sites des loisirs pour la jeunesse et la population adulte, sans marché moderne, sans jardins.
– Les musiciens sont devenus les amis et protégés de nouveaux « dignitaires » de la République. Ils chantent et glorifient les noms des politiciens, mandataires publics, officiers supérieurs  de l’armée et de la police, magistrats, médecins, curés, pasteurs. Les menaces de sanction de la Commission de censure des chansons passent et se ressemblent : il s’agit d’une longue série de coups d’épée dans l’eau.  
Alors qu’ils voyagent régulièrement en Afrique et dans le monde, nos gouvernants donnent l’impression de ne pas voir ce qui s’y fait en bien. D’ailleurs un adage de chez nous dit que« si vous n’avez pas de sel pour préparer un poulet, il ne faut pas tuer un mouton ou une chèvre pour le préparer… ». Le Congo a aujourd’hui besoin d’intellectuels sérieux, qui ne mettent pas leur savoir au service des causes contraires aux intérêts de la multitude, mais des personnes capables d’analyser froidement la situation du pays pour son développement dans chaque secteur de la vie nationale et ce sans passion, ni complaisance, ni clientélisme.
En 2010, nous avons la possibilité de nous inspirer des expériences des autres pour notre développement. Les exemples et modèles sont légion. La Chine fait bouger le monde actuellement parce qu’elle a la maîtrise de la science et de la technique. Les pays arabes qui sont confrontés a la sécheresse travaillent dur pour le développement de leurs pays ; il est curieux de voir que les dirigeants de ce pays en lieu et place de travailler pour l’intérêt général, tous sont devenus commerçant, maffieux, trempés dans des combines sales avec des trafic sd’influences de tout genre et ne cherchent que leurs intérêts personnels alors que pour une certaine catégories ils ne peuvent même pas faire le commerce. 
De toutes les façons, si le Congolais et surtout la classe dirigeante ne rentrent  pas dans le respect des normes dans chaque matière et secteur (domaine) de la vie nationale, on fera des beaux discours du genre 5 chantiers, reconstruction, bonne gouvernance, tolérance zéro, (chapelet des bonnes intentions assises sur aucune expertise scientifique et sans vision politique) et rien ne changera.
La vérité étant très têtue. Le peuple attend la réalisation des promesses tenues lors de la campagne électorale 
Me IFEKA MOMPONZA Benjamin
 Avocat près la Cour

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