4 juin 1969 : devoir de mémoire : François Kandolo «il faut exorciser le pouvoir »

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Par devoir de mémoire, Le Phare se sent dans l’obligation de publier de nouveau l’interview que le regretté François KANDOLO Wa Kashala lui avait accordée le 6 juin 2007, soit une année avant sa mort. Le nom de cet homme hors du commun restera à jamais gravé dans les annales de l’histoire politique et socioculturelle de ce pays pour avoir dirigé le mouvement de revendications des étudiants de l’Université Lovanium en 1969 et qui lui a valu un procès inoubliable à l’issue duquel il sera condamné à la mort avant que cette peine ne soit commuée à quinze années de prison dans la sinistre geôle de Luzumu au Bas-Congo où il fut soumis à des traitements dégradants et inhumains en compagnie de ses compagnons d’infortune dont la plupart ne sont plus de ce monde. Tels, Maîtres Jean Maurice PONDJA Bayeli, TSHINKWELA Mao, Moreno KINKELA Vy-Kansy, le Dr TSHIBALABALA, etc.

Libéré suite aux pressions exercées par des chancelleries occidentales, le Vatican et de centaines des milliers d’hommes de bonne volonté, François KANDOLO va embrasser la profession de banquier au sein de la Société Financière de Développement (SOFIDE) où il gravit tous les échelons jusqu’au grade de Directeur des Etudes. Avant de se voir confier la mission de diriger l’un des principaux centres d’études et de perfectionnement aux techniques du développement ou CEPETEDE.

Parallèlement à ses fonctions officielles, le regretté KANDOLO va aussi militer dans des mouvements associatifs d’obédience chrétienne catholique, notamment le CALCC par le biais duquel il va préparer la fameuse et historique marche des Chrétiens du 16 février 1992 en compagnie de deux leaders inoubliables à savoir feu le Dr Elias NUMBI Mukanku et Pierre LUMBI Okongo, plusieurs fois ministre et aujourd’hui conseiller spécial du chef de l’Etat en matières de sécurité.

Puissions-nous considérer cette interview comme le testament politique de cet homme dès lors que ce qu’il avait prédit semble se réaliser à ce jour ?        F.M.          

4 juin 1969-4 juin 2007, il y a 38 ans, une marche pacifique du Cercle des Etudiants de Kinshasa  (CEK), composé des étudiants de l’Université Lovanium, de l’IPN, de la Régence de Saint Raphaël (actuel Isc), de la Régence du Sacré Cœur (actuel  ISP), IBPT, de l’Académie des Beaux-Arts, de l’Institut des Bâtiments et Travaux Publics, était réprimée dans le sang  par les forces de l’ordre du régime Mobutu, faisant  cinquante morts et des centaines de blessés. Selon le dernier président de l’Association Générale des Etudiants de  Lovanium( Agel), membre de l’Union Générale des Etudiants du Congo(Ugec), François Kandolo wa Kashala, directeur général du Centre de perfectionnement aux techniques de développement (Cepetede), les étudiants de l’époque avaient manifesté contre le rejet par le président Mobutu de la « Charte de Goma », initiée par  le ministre de l’éducation nationale, Alphonse-Roger Kithima Bin Ramazani.

            Celle-ci préconisait la co-responsabilité des autorités académiques et des étudiants dans la gestion de l’université, alors que  les étudiants eux-mêmes  préféraient la co-gestion, a-t-il fait savoir. Et de renchérir que la rencontre de Goma, en avril 1969, n’était  que le prolongement des réflexions entamées en 1963 à la suite de la grève des étudiants, entre Hubert Makanda Kabobi,  président de l’Agel et le ministre belge des Affaires Etrangères, Paul-Henri  Spaak.

            Au cours  des échanges, les étudiants de Lovanium avaient posé le problème des trois « D » (Décolonisation-Démocratisation – Déconcentration) dont la résolution devait consacrer leur émancipation vis-à-vis de Bruxelles, alors centre principal des décisions relatives à leur vie académique. Après le face à face macabre du 4 juin 1969 avec les forces de l’ordre, les leaders étudiants avaient été mis aux arrêts et jetés en prison.

Ce qui était arrivé le 4 juin 1969 semblait inscrit dans l’air du temps. Pour la première fois dans l’histoire des universités à travers le monde, l’ouverture d’une année académique s’était déroulée sous le rythme de la fermeture. En effet, le 28 octobre 1968, à l’occasion de la cérémonie d’ouverture solennelle de l’année académique 1968-1969, le ministre de l’Education nationale, Kithima Bin Ramazani avait eu la surprise d’être conspué par les étudiants réunis dans la salle de « Promotion », à la suite de son discours très élogieux à l’endroit du général Mobutu et de son parti, le MPR.

            Immédiatement après la cérémonie, la réaction présidentielle avait été immédiate et annoncée par la RTNC : « l’Université Lovanium est fermée. Tous les étudiants doivent renouveler leur inscription moyennant présentation d’une carte d’affiliation à la Jeunesse du Mouvement Populaire de la Révolution ». Imaginez ce que cela devait entraîner comme problèmes au niveau de l’organisation interne de l’université. Il a fallu l’intervention énergique de l’église catholique à travers le cardinal Malula et Mgr Tshibangu pour que ces barrières inutiles que le pouvoir venait d’ériger sur le chemin de l’université soient levées. C’est ainsi que sans le crier sur les toits, les étudiants étaient autorisés à rester dans leurs chambres et à débuter les enseignements.

            39 ans après cet incident bizarre et 38 ans après le massacre de 1969, François Kandolo, l’homme dont la sagesse avait permis d’éviter plusieurs catastrophes au cours de la même année est d’avis que la situation est pire aujourd’hui qu’à  l’époque où ils avaient posé le problème de l’étudiant congolais. Aujourd’hui, c’est l’anxiété qui gagne les milieux universitaires. L’université, a-t-il relevé, n’est pas seulement le lieu de faire le social, mais plutôt un lieu où se forme et se forge la conscience d’une élite intellectuelle, qui constitue la conscience critique de la société.

            Par cette métaphore, François Kandolo voudrait insister sur le fait que «  l’intellectuel est un homme de principes et non du ventre, un homme qui appartient au monde numéral et non phénoménal.». A une question du Phare concernant le gain que les étudiants de Lovanium et  la société congolaise ont tiré de leur sacrifice du sang, l’ancien président de l’Agel a répondu en ces termes : « Nous ne combattions pas pour nous-mêmes. Bien que nous étions payés (bourses), restaurés, logés et véhiculés par l’Etat, nous avions conscience que nos compatriotes n’étaient pas libres. Il a fallu le massacre du 4 juin ainsi que la mascarade de procès qui l’avait suivi pour que le monde entier découvre que le pouvoir de Mobutu était militaro-fasciste ». Il faut exorciser le pouvoir, a-t-il recommandé, car de 1969 à nos jours, ceux qui se succèdent au pouvoir (Kabila père, Kabila fils, le régime 1+4, les gouvernants de la 3me République reproduisent le schéma de la dictature de Mobutu. Le peuple congolais vit les mêmes méthodes de répression, de propagande et d’adoration de ceux qui exercent le pouvoir d’Etat, de prédation des richesses nationales, de liquidation des citoyens dits anti-patrie, de gestion d’amigos des services spéciaux, de muselement des médias, de corruption de l’élite intellectuelle, etc.

Anaclet Vungbo et

Joachim Bongeye

(In Le Phare du 06/06/2007)

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