30 Juin 2017 : le Président Kabila aurait dû rendre compte…

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1. INTRODUCTION

Les chercheurs du Projet d’Application des Droits Civils et Politiques
(PAD-CIPO) de l’IRDH ont analysé le sens de l’indépendance de la RDC
en rapport avec la dégradation de la situation des droits de l’Homme.
Des voix s’élèvent pour dire « le pays va très mal ». L’occasion du
57ème anniversaire de l’indépendance était une opportunité pour le
Président Kabila de s’acquitter de son devoir de rendre compte aux
Congolais, sur : (i) la paix, la sécurité et la justice ; (ii)
l’éducation et le bien-être de la population ; (iii) ainsi que
l’organisation des élections. Kabila pouvait-il décider autrement ?
Que NON.

2.      LE PAYS VA TRES MAL

La RDC est devenue « le pays des fosses communes ». Des vidéos des
FARDC massacrant la population civile, circulent sur des medias
sociaux. Le Ministre de la Justice est fier de revendiquer impunément
un acte terroriste contre un avion civil. Des milliers des prisonniers
« s’évadent » des geôles. Des balles retentissent sans arrêt et des
jeunes sont régulièrement arrêtés et bastonnés.
Au regard d’une telle situation, au jour de l’indépendance, le Chef
de l’Etat devrait s’adresser à la Nation. Car, il est essentiel que
les droits fondamentaux soient protégés par un régime de droit pour
que le peuple ne soit contraint, en suprême recours, à la révolte
contre la tyrannie et l’oppression, comme ce fut contre le colon belge
ou le régime d’apartheid en Afrique du Sud.
Le communiqué relatif à la santé du Président ne convainc guère. Car,
le 25 juin, il a représenté la RDC à la 10ème session ordinaire de la
grande commission mixte de Pretoria ; le 26 juin, il a reçu des
notables katangais à Lubumbashi, avant de s’envoler pour Kinshasa, le
27 juin. L’indisponibilité du Président fait croire que les soucis des
dirigeants sont autres que ceux de la population.

3. INDEPENDANCE: OBLIGATION DE RENDRE COMPTE

Sous le joug colonial, le Roi des belges était l’unique souverain. Le
congolais ne pouvait exprimer ni penser avoir une opinion politique.
Sa dignité humaine avec son corollaire des droits fondamentaux de
l’Homme lui était niée. Il n’avait ni droits civils, ni droits
politiques. La police et l’armée arrêtaient, sans suivre aucune
procédure légale. Le peuple était astreint aux pratiques barbares,
traitements cruels, humains et dégradants.
Depuis le 30 juin 1960, le peuple aspire au monde civilisé où la
barbarie et des pratiques inhumaines n’ont plus droit de cité. Dès
lors, l’indépendance implique que « la souveraineté nationale
appartienne au peuple et tout pouvoir émane de lui […] Aucun individu
ne peut s’en attribuer l’exercice » (art.5 Constitution), comme ce fut
avec Leopold II.

4.      INDEPENDANCE : LIBERTE.

Le 30 juin 2017, jour sacré de l’immortel serment de liberté du
peuple congolais, le Collectif d’Actions de la Société Civile (CASC) a
été réprimé, brutalisé, empêché de se réunir à Kinshasa, pour écouter
les opinions du Dr Mukwege Denis, du Prof. Mbata Mangu et de M.
Bisambu Gérard sur la situation du pays, sous le thème : « La
mobilisation citoyenne pour le retour à l’ordre constitutionnel ».
En ce jour symbolisant l’indépendance et la liberté, des agents de la
Police Nationale Congolaise (PNC), de l’Agence Nationale des
Renseignements (ANR) et de la DEMIAP (Service secret de l’armée) ont
bastonnés des membres de CASC, arbitrairement arrêté pour certains
d’entre eux, et leur nier le droit de s’exprimer librement. Ceci est
un message autant symbolique que le jour lui-même.
Cette négation des droits et libertés d’expression, d’association, de
conscience, d’opinion et de mouvement, avait déjà été dénoncée, par 49
évêques dans leur message intitulé : « Le Pays va très mal. Debout
congolais ! Décembre 2017 approche », publié le 23 juin, à l’issue de
la 54ème  Assemblée Plénière Ordinaire de la Conférence Episcopale de
la RDC (CENCO).

5.    INDEPENDANCE = JUSTICE

L’IRDH défend le principe constitutionnel de l’indépendance du
pouvoir judiciaire et de la liberté d’expression, d’opinion politique,
même si celle-ci ne correspond pas à sa vision. Il est difficile de
comprendre qu’un pays indépendant s’acharne contre ses citoyens,
opposants politiques soient-ils, au point de contraindre ses juges et
greffiers à fuir le pays.

Tenez ! L’Accord politique du Centre Interdiocésain de Kinshasa, du 31
décembre 2016, avait confié à l’Église Catholique le soin d’élaborer
un rapport sur des cas emblématiques des prisonniers et exilés
politiques. Ledit rapport avait conclu à un acharnement visant à
éliminer monsieur Moïse Katumbi Chapwe de la course à la présidence de
la République et une détention injustifiée du bâtonnier Muyambo
Kyassa.
Six mois plus tard, le Gouvernement trouve une nouvelle accusation
contre l’ancien Gouverneur élu du Katanga : détention de la double
nationalité. L’opinion se souvient encore des poursuites sans
lendemain contre lui pour recrutement de mercenaires et spoliation de
maison. Le Rapport de la CENCO avait conclu que ces poursuites sont
politiquement motivées.
L’indépendance signifie l’édification d’un Etat de droit avec un
pouvoir judiciaire autonome et la fin des pratiques oppressives. La
manipulation de l’appareil judiciaire n’est plus acceptable.

6.  CONCLUSION

Au 30 juin 2017, jour commémorative de l’indépendance, se refuser de
rendre compte à son peuple sur des questions relatives à son
bien-être, sa survie, sa sécurité et sa paix, équivaudrait à lui nier
cette même indépendance.  En somme, l’indépendance signifie dignité
d’un peuple. Elle renferme l’idée de justice et d’un Etat de droit au
quotidien.
Les massacres du Kasaï et Beni, le harcèlement judiciaire soutenu
contre Katumbi, la détention injustifiée des prisonniers politiques et
d’opinion, la répression policière contre le groupe de Dr Mukwege,
Prof. Mbata et M. Bisambu, le jour dit « sacré de l’immortel serment
de liberté légué à la postérité, pour toujours », sont des indicateurs
qui confirment que le pays va très mal.
En somme, quand une voix s’élève pour dire «LE PAYS VA TRES MAL», le
Président de la République Démocratique du Congo devrait rendre compte
à la nation, afin de montrer la différence d’avec Leopold II, le
monarque oppresseur.

VISION : « Une société dont les membres sont éduqués et contribuent au
respect ainsi qu’à la promotion de leurs droits fondamentaux, afin
qu’ils bénéficient du développement intégral».

MISSION : « La recherche et la formation de l’expertise en matière des
droits humains».
OBJECTIF: «Produire des cadres et des matières qui contribuent au
respect et à la promotion des droits humains».

IRDH
(Institut de Recherche en Droits Humains)