30 juin 1996- 30 juin 2014 : 18 ans après: les rendez-vous manqués du régime afdélien en RD Congo (Par Thierry NLANDU Mayamba, Professeur à la Faculté des Lettres/Université de Kinshasa,

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Introduction

Depuis la fin des élections présidentielles et législatives chaotiques organisées le 28 Novembre 2011, nombreux sont les acteurs internes et autres observateurs externes qui reconnaissent que la situation en RDC est imprévisible et volatile. Et comme l’attention que les uns et les autres accordent à ce qui se passe sur cette terre de Conrad demeure métaphorique, hypocrite et manque d’honnêteté ; cette attitude est, petit à petit et avec certitudes, en train de transformer ce riche et vaste espace en “Far West” sans “Sheriff” mais avec des “cowboys” et des “gringos”. Tous ces nouveaux et modernes bandits de grand chemin structurent une économie de prédation qui déstabilise cet état et toute la région de l’Afrique centrale sans oublier le continent africain.

L’approche de cette réflexion est simple. Elle s’articule autour d’une série d’échecs qui, aujourd’hui, sont annonciateurs d’une fin agitée d’un régime dont les animateurs n’ont pas su lire les signes du temps. Au sortir du régime dictatorial de Mobutu, le régime issu de la « libération » n’a pas compris qu’elle avait pour mission de faire la volonté d’un peuple qui ne désirait qu’une seule chose : mettre fin au régime militaire pour entrer résolument dans un régime civil. Il aurait suffit aux « révolutionnaires » de l’AFDEL d’imiter Rawlings du Ghana pour relever ce défi et contribuer ainsi aux efforts de construction de cette nation au cœur de l’Afrique qui a, entre autre pour mission, de booster économiquement et démocratiquement le continent africain. Ils n’ont pas compris que seul un Congo prospère, en paix et démocratique est une véritable fenêtre d’opportunités pour les investisseurs du continent et du monde entier!

1. L’incapacité de restaurer une paix totale et durable à l’Est de la RD Congo

            La restauration totale de la paix à l’Est du Congo est tributaire de la volonté politique des leaders congolais de s’attaquer réellement aux différents groupes armés actifs dans cette partie du pays. Il n’y a plus rien à cacher : le processus DDR est un échec. L’intégration régulière et intempestive d’anciens rebelles dans l’armée régulière, sans contrôle ni recensement a des conséquences désastreuses. Les politiciens affirment à qui veut les entendre qu’il s’agit du prix à payer pour la paix. Le porte-parole du gouvernement tente vainement de convaincre l’opinion congolaise que  ces vagues d’intégrations ont lieu dans le seul souci d’inclusion.  En réalité, nous reconnaissons tous aujourd’hui que cette stratégie pour acheter la paix a été naïve si pas piètre, car elle  a plongé le pays dans des crises à répétition.

            Aussi, je reste convaincu que l’option militaire, à travers des forces d’intervention rapide est un must pour restaurer la paix durable dans tout l’Est du Congo. Ceci n’exclut pas l’engagement simultané de négociations politiques formelles ou informelles avec les leaders des différentes factions armées opérant dans cette partie du pays. Mais cette option doit impérativement demeurer une initiative du gouvernement congolais. La nouvelle armée congolaise peut voir le jour avec les 7 bataillions formés à ce jour. Ils pourront être appuyés sur le plan logistique et à divers niveaux par la MONUSCO et d’autres partenaires désireux de se joindre à ce projet de pacification.

            Même si la solution militaire demeure une solution à court terme, il est important de neutraliser les chefs des groupes“  armés par des actions ciblées. Une telle opération militaire exige une bonne formation militaire, une logistique appropriée, une organisation qui appuie le militaire en action (il ne s’agit pas seulement d’apprendre les techniques de combat aux militaires).

            Une opération militaire de cette envergure exige, par-dessus tout, un leadership politique conséquent du régime en place, de son  leader le Président de la République et des décideurs politiques installés à Kinshasa.

2. Une présence- absence au cœur des discordes au sein de la mission de maintien de paix

            L’Accord de paix d’Addis-Abeba est révélateur, non seulement, de l’absence d’un leadership politique congolais efficace sur le plan diplomatique ; mais aussi, de la détérioration du climat de travail entre partenaires intérieurs et extérieurs impliqués dans la mission de maintien de la paix en RDC. Pour preuve, des divergences sont apparues entre la RDC, les pays africains et l’ONU sur l’institution qui devait commander la «  force neutre »: SADEC ou MONUSCO ?

            Actuellement, beaucoup d’Africains et de Congolais critiquent ouvertement la MONUSCO, une institution dont le contenu des mandats se détermine souvent après des évènements tragiques et jamais avant. Ces Africains et Congolais remettent en question l’efficacité et l’opportunité de cette grande machine qui, certes, a connu quelques succès, mais aussi et surtout, des échecs répétés  . En effet, n’est-il pas plus raisonnable d’avoir une force de maintien de paix plus petite mais plus efficace en lieu et place de l’actuelle grande machine inefficace et coûteuse de 19.000 hommes et femmes?

            La seule chose que confirme cette série de questions sans réponses est, qu’en dépit de son mandat actuel de recours à la force pour protéger les civils, la MONUSCO est un échec. C’est triste de le dire ainsi, mais la MONUSCO semble avoir un mandat caché, celui d’assurer la stabilité d’un régime prédateur pour le bénéfice des Seigneurs de guerre prédateurs qui pillent les ressources du pays en complicité avec des prédateurs régionaux et internationaux . La mission de la MONUSCO consiste à soutenir des leaders politiques congolais illégitimes, membres d’un gouvernement issu de nombreuses compromissions qui minent l’accord de paix conclu avec les leaders politiques régionaux et internationaux. La MONUSCO s’érige, en définitive, comme une solide organisation de maintien de paix dont la mission n’est pas de protéger les civils, mais bien de secourir avec efficacité et promptitude le régime issu d’élections frauduleuses et qui, par conséquent, souffre d’un manque criant de légitimité!

            Conscients de cette réalité, les nombreuses interrogations soulevées lors de l’installation de la “force neutre” d’intervention de la MONUSCO n’étonnent personne. Les USA ont fortement recommandé que cette force soit placée sous le commandement de la MONUSCO. Mais, lors de ces discussions, personne ne pouvait dire avec certitude quel(s) pay(s)  enverrait (ent) les troupes et financerait (ent) cette force neutre. Quel serait son mandat? Et on s’est bien rendu compte du temps que les acteurs ont mis avant que cette force ne soit opérationnelle. Comment interpréter ces interrogations dans la perspective du futur de cette mission ? Ne sont-elles pas des expressions d’indifférence et d’exaspération?

3. Une bégayante, hésitante et confuse réforme du secteur de la sécurité 

            La question de la réforme du secteur de la sécurité est cruciale pour le processus qui conduit à la refondation de la République Démocratique du Congo ou mieux pour le passage d’un régime militaire autoritaire à un régime civil, démocratique. Pour être efficace, la réforme du secteur de la sécurité doit s’intéresser à tous les systèmes de sécurité qui, sur le plan national, ont pour but de protéger les citoyens et de promouvoir l’état de droit : l’armée, la police, les services de renseignement, la migration et la justice.

            Après deux cycles d’élections multipartistes, la réforme de l’armée demeure le maillon faible du processus de refondation de l’Etat congolais. Ce secteur de la sécurité, amorphe, corrompu et monstrueux demeure un problème inquiétant. Mais, malheureusement, le besoin d’une réforme sérieuse de ce secteur n’a jamais été manifeste ni pris à bras le corps ni encore moins trouvé de réponse appropriée malgré les nombreuses promesses politiques.

            En effet, alors que les populations congolaises rêvent d’une armée structurée et intégrée à même de neutraliser les divers groupes armés nationaux et étrangers en activité dans la partie orientale du pays ; les fils et filles de cette nation ont plutôt droit à un cycle infernal de violences caractérisé par la persistance des groupes armés et l’incapacité des programmes de réforme du secteur de la sécurité lancés par les gouvernements successifs sans aucune véritable évaluation des forces et faiblesses de tous ces programmes.

            Aussi, la volonté déclarée par le Président de la République de doter le pays “d’une armée qui rassure tout notre peuple dans toute sa diversité, une armée apolitique, professionnelle, dont notre peuple serait fier » vient, comme à l’accoutumée, allonger la liste de nombreuses promesses non réalisées. Mes craintes sont justifiées. En effet, les réformes de l’armée et de la police lancées avec la promulgation des lois attendent encore d’autres instruments légaux qui se trouvent toujours sur la table du Président.

            Bien plus, en ce qui concerne les forces terrestres, il y a comme des contradictions entre les structures légales et celles qui fonctionnent sur le terrain. Alors que la loi structure les forces terrestres en régions et brigades militaires, on observe un démantèlement illégal qui organise les mêmes forces en secteurs et régiments rappelant le commandement parallèle de la 8ième et 10ième région militaire lors des opérations « Amani Leo ».

            Des questions comme celles ayant trait au recensement des militaires et des membres des différents corps chargés de la sécurité inquiètent et même angoissent les populations congolaises. Aussi, elles ont difficile à comprendre la dernière campagne de recrutement de jeunes militaires  alors que le gouvernement peine, non seulement, à faire connaître le nombre exact de nos militaires, policiers et autres agents des services de renseignement, mais aussi à fixer les modalités de retraites des officiers et autres hommes et femmes de troupes.

            Les FARDC (129,000 hommes, officiellement) constituent un énorme fardeau comparé à l’époque de Mobutu (70,000 hommes, officiellement). Les salaires sont modiques et souvent non payés si pas détournés. Les FARDC sont une force hétérogène d’anciens officiers de divers origines et aux passés variés: des ex-FAZ, incluant des officiers à la retraite; des membres d’anciens milices, d’anciens personnels militaires, des veuves et orphelins d’officiers militaires décédés et des volontaires instruits et non instruits. Les ex-combattants sont intégrés dans l’armée par arrangements politiques et souvent sans formation militaire, bénéficiant du processus permanent de démobilisation et de restauration de la paix, initié en 2013 et qui se poursuit jusqu’à ce jour. On a par conséquent affaire à une armée atypique, non professionnelle, composée de civils et d’ex personnels militaires.

            La structure de commandement est très faible comme illustré lors de la prise de Goma par les M23. Chaque « chef » a « ses » troupes que nul ne désire réellement intégrer dans une  armée cohérente (Le Général Numbi avec ses “hommes” jadis à la garde présidentielle , le Général Amisi et ses « hommes », NkundaBatware, Ntaganda, SultaniMakenga et beaucoup d’autres avec chacun « ses » troupes, etc.). La complexité de la composition des FARDC constitue une menace permanente pour la population voire pour les gouvernants qu’elles sont censées protéger. L’armée en RDC est un risque interne. Les militaires entraînés dans des académies de grande renommée sont abandonnés à leur triste sort et jouent souvent les seconds rôles.

            Quant à la coopération militaire, elle demeure hétéroclite (Belgique, USA, Angola, Afrique du Sud, etc.). Quelles chances avons-nous de construire une armée républicaine cohérente avec une brigade entraînée par les Belges; une deuxième par les Français, une troisième par les Nigérians; une quatrième par les Sud-Africains ? Quelle culture peut avoir pareille armée? La réforme conduite par l’EUSEC s’est limitée au contrôle biométrique et de la paie (théorique).  Il est évident que l’aide militaire en RDC est dispersée entre divers donateurs en compétition permanente avec des règles variées ou sans règles et des approches de doctrine et de déploiement multiples. Comment ces problèmes de durabilité, de pertinence et de cohésion de la coopération militaire seront résolus ou atténués en RDC reste un sérieux problème !

            Par dessus tout, il y a un manque criant de leadership sans compter les insuffisances dans  l’élaboration du budget local, des procédures d’approvisionnement et de logistique. Ces lacunes sont loin de favoriser l’éclosion de l’armée républicaine que les politiciens congolais clament à longueur de journée. En effet, la réforme du secteur exige que la RDC prenne résolument le leadership, notamment en dotant le processus de la réforme de ce secteur d’un budget conséquent et constant. Pareille réforme est cruciale. Elle exige une volonté politique forte afin de définir le cadre opérationnel dans lequel des questions du genre « où ? » et « comment ? » les acteurs externes pourraient aider la réforme trouveront des réponses appropriées. Ce cadre doit être animé par trois exigences: durabilité, cohésion et pertinence afin d’éviter les erreurs des réformes antérieures qui n’ont pas duré et qui souvent ont échoué dès que l’appui financier extérieur arrivait à terme.

            Apprendre au soldat à se battre dans divers camps d’entrainement à travers le pays avec les meilleurs experts militaires étrangers n’est pas le véritable problème. Ce qui pose problème, c’est plutôt le système qui porte les militaires, particulièrement, les institutions civiles au sein desquelles les militaires travaillent et vivent. Dans l’actuel contexte, le processus de réforme du secteur de la réforme en RDC n’a aucune chance de réussir. En effet, la réussite de la réforme en RDC exige un recensement rigoureux et transparent des militaires afin d’en établir le nombre exact. Ceci permettra de mettre fin aux employés fictifs dont les salaires aident les officiers supérieurs à compléter les leurs. En définitive, le processus exige du temps, des ressources et une volonté politique avérée qui malheureusement manque totalement dans le chef des leaders politiques congolais actuels.

4. Une réforme de la justice minée par l’impunité des chefs et la corruption

            En dépit des nombreuses déclarations des gouvernants congolais sur la priorité de la réforme de la justice et de la lutte contre la corruption; en dépit du fait que la magistrature militaire dispose d’un personnel suffisant et qualifié, l’impunité des hommes et femmes politiques influents et des plus gradés de l’armée demeure une préoccupation majeure pour la communauté nationale et internationale. En effet, l’incapacité d’appliquer la justice est flagrante. Le meilleur exemple et sans doute pas le seul reste celui de la saga de Bosco Ntaganda alors recherché par la Cour Pénale Internationale.

            Etrangement, alors qu’il était recherché par la CPI, Ntaganda résidait à moins de cent mètres de la base de la MONUSCO! Ceci est juste un exemple parmi tant d’autres illustrant ce cycle : leader de groupe armé, Seigneur de guerre, négociations de paix, demande d’amnistie, demande de libération de leurs amis prisonniers politiques parmi lesquels se cachent des auteurs d’horribles crimes contre l’humanité et enfin, la demande, souvent avec succès, d’intégration au plus haut niveau au sein du gouvernement, de l’armée, de la police ou encore des services de sécurité.

            L’incapacité de faire appliquer la justice aggrave la crise. La Haute Cour militaire est impuissante et sans réel pouvoir. Elle ne peut pas interpeller ni amener en justice certains chefs et autres haut gradés de l’armée (cfr. John Numbi et le cas de Chebeya; Gabriel Amisi, etc.). La justice cache sa faiblesse derrière le principe : la paix avant la justice. C’est probablement au nom de ce même principe que de nombreux Seigneurs de guerre et autres criminels recherchés par la justice nationale et internationale continuent de circuler en toute liberté dans ce « Far West » sans Shérif. C’est ce même principe qui complique la réforme du secteur de la sécurité. C’est au nom du même principe que la justice refuse de débarrasser ce secteur d’éléments sur lesquels pèsent de sérieux soupçons de violations massives de droits humains sans oublier tous ceux qui sont impliqués dans l’exploitation illégale des ressources naturelles et dans l’organisation et la pérennisation des groupes armés, etc.

Mais comme nous le constatons tous, ce principe n’a acheté ni paix ni justice. C’est pourquoi, il est plus que temps pour la justice de la RDC d’initier des actions contre les officiers supérieurs de l’armée nationale cités dans le rapport des experts des Nations Unies pour le rôle joué dans l’organisation des groupes armés, le trafic des armes et la participation à l’exploitation illicite des ressources naturelles. Il est important de démontrer la détermination du gouvernement de la RDC à combattre l’impunité dans ce pays.

5. L’instauration d’une bien terne démocratie de façade

Au Congo, le fossé qui sépare le monde des citoyens et celui des décideurs politiques s’agrandit au jour le jour. Plusieurs signes indiquent la triste nature des relations entre les citoyens et la politique, entre la population et ceux qui font semblant de les gouverner. Cette relation souffre de tendances séparatistes : des hommes et femmes au pouvoir traitant les autres comme de objets à explorer, exploiter et contrôler. Avec une arrogance outrageante, les leaders politiques ont coupé la corde relationnelle avec le peuple, seule source de légitimité politique.

            Les citoyens congolais sont déçus par la démocratie et ses élections multipartistes. En effet, le régime autoritaire implanté depuis l’AFDL a appris comment conserver son pouvoir en dépit des élections. Il est évident que ce régime a peur de créer des institutions républicaines et de promouvoir une culture fondée sur des valeurs démocratiques.

            Deux cycles électoraux après, les gouvernants continuent astucieusement à refuser de consolider la démocratie en développant des institutions solides qui, normalement, portent une nation démocratique libre. La manière dont fonctionne l’Assemblée Nationale parle d’elle-même. En effet, au lieu d’agir comme un contre pouvoir, cette institution protège les intérêts de l’Exécutif et de la majorité des parlementaires simplement par un vote mécanique entérinant toutes les décisions sans aucune discussion. Dans beaucoup de cas, un grand nombre de membres des différentes Assemblées nationale et provinciale sont des béni oui-oui qui manquent d’expériences, de qualifications académiques, de motivations et d’intelligence pour aborder les questions de politique publique. Ils sont plus préoccupés par la recherche des stratégies à même d’augmenter leurs salaires. Ils sont passés maîtres en pratiques de corruption comme le marchandage et la vente de leurs votes à l’Exécutif. Dans pareil contexte, les institutions démocratiques comme le Parlement, la presse, les Forces Armées, la Police, les services de renseignement; la société civile , les cours et tribunaux et les opposants  sont incapables de jouer un rôle constructif durable. Dans pareille situation, il est difficile si pas impossible qu’elles puissent exercer un quelconque contrôle des activités du gouvernement.

            Ainsi, alors que la compétition introduite par les élections multipartistes semble être à la mode, la population et spécialement les jeunes ne sont pas convaincus que le prochain cycle électoral sera libre et transparent. Conséquence, une atmosphère de totale incertitude, de confusion  et de méfiance vis-à-vis des décideurs politiques. On a comme l’impression de vivre dans un monde étranger et étrange de décideurs politiques sourds aux besoins de la population et coupés de celle-ci. La perte de confiance dans le progrès et le bonheur promis par ceux qui sont au pouvoir se manifeste dans la frustration et la colère des lettrés sans emplois et des illettrés aux ventres creux. Et, malheureusement, ceci se termine souvent par le recours à la violence comme seul moyen d’accéder au pouvoir ou tout simplement à un statut social meilleur.

Quel futur après tous ces rendez-vous manqués du régime afdélien?

            18 ans après, les véritables questions sont: quelle alternative à la présente crise? Comme hier avec le régime dictatorial de Mobutu, ne sommes-nous pas arrivés à la fin de la démocratie de façade ? 18 ans après, le régime de Kabila a-t-il les ressources intellectuelles et surtout morales nécessaires pour porter les défis de nombreuses réformes qui auraient du transformer le pouvoir militaire en pouvoir civil ? Kabila est-il lui-même, suffisamment fort pour conduire ces cruciales réformes et survivre comme homme politique?

            Comme je l’ai dit précédemment, le régime Kabila est le fruit des dernières élections chaotiques.  Ensuite, les réseaux militaires, affairistes et familiaux qui contrôlent le pouvoir en RDC ne lui faciliteront pas la tâche. N‘est-ce pas ce qui explique les nombreuses hésitations qui ont finalement abouti au refus de former un gouvernement de large union nationale?  Encore une fois, le Rais laisse sur le pavé les Mobutistes et autres indépendants, devenus plus que jamais des chiens de Pavlov à qui il refuse régulièrement l’os. Mais, personnellement, je ne serai pas surpris, dans un avenir proche, de voir ce beau monde se joindre à tous ceux qui, depuis des années chantent, d’une voix déjà entendue, le requiem du régime afdélien!

            Par ailleurs, lorsque, à l’Est du pays,  sera restauré un semblant de “calme” et non nécessairement de paix, les experts des affaires politiques de la RDC porteront un regard différent sur les acteurs de la société civile congolaise qui se battent pour la promotion d’institutions démocratiques fortes en lieu et place d’hommes forts. Ces experts se souviendront, on l’espère, de tous ces journalistes, activistes des droits humains, opposants politiques, leaders religieux, civils, hommes et femmes arrêtés, humiliés, torturés et qui donnent leurs vies afin de mettre fin au régime des « hommes forts » dans cette riche partie du continent africain .

            Finalement ces experts feront attention à tous ces officiers de police et autres citoyens en arme qui ont perdu toute estime de leur profession. Ces hommes et femmes en lambeaux qui, chaque jour, cultivent l’indifférence à l’égard de leur profession. Démoralisés, ces officiers supérieurs en haillons, ainsi que leurs troupes, tous, victimes d’une gouvernance déshumanisante refusent de galvauder régulièrement leur relation avec la population.

                        La deuxième alternative reste celle des élections de 2016! Mais cette alternative dépend de plusieurs défis liés à la gouvernance que le gouvernement congolais et la communauté internationale doivent relever à bras le corps. Il s’agit notamment de la corruption, de l’impunité, des réformes importantes et urgentes (armée, police, service de sécurité, justice, restructuration de la commission électorale, implantation effective de la décentralisation, etc.). Il y a un grand besoin de créer les conditions d’une paix durable qui assurera la promotion des investissements et une croissance économique pour le bénéfice de la majorité.

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