Bemba : écran noir !

0
80

Le sénateur Jean-Pierre Bemba à la Haye.Ce que l’on craignait pour Jean-Pierre Bemba est malheureusement arrivé. Avec ses dix-huit ans de prison ferme, sa « mort politique » semble certaine, même s’il faut défalquer de ce tarif les huit ans qu’il vient de passer au quartier pénitentiaire de la CPI (Cour Pénale Internationale). Si Dieu lui prête vie, il pourrait recouvrer sa
liberté dans dix ans. Mathématiquement parlant, il ne serait pas si vieux –  64 ans – pour relancer sa carrière politique. Seulement voilà ! Au vu de son casier judiciaire lourdement chargé, puisque condamné pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité, il est totalement disqualifié pour une quelconque compétition électorale.

L’autre dossier qui risque de compliquer davantage son avenir politique, c’est celui de la subornation des témoins, dont l’instruction a démarré il y a trois semaines. Ici aussi, une lourde condamnation plane à l’horizon. L’espoir d’un rebondissement politique aurait pu demeurer si sa condamnation judiciaire n’entrainait pas la perte totale de ses droits civils et politiques.

C’est désormais l’écran noir qui se projette devant cette personnalité politique qui paraissait en mesure de bouleverser complètement la scène politique nationale, dans l’hypothèse de sa libération cette année. Bemba politiquement mort, il reste à connaître le sort de son parti, le Mouvement de Libération du Congo (MLC). L’homme, qui gardait jusque-là le moral haut, mais qui avait de plus en plus du mal à faire passer ses consignes tant au sein du corps de ses députés et sénateurs que dans le cercle de ses cadres de base sans
mandats politiques, saura-t-il encore tenir en mains des troupes que le verdict d’hier va sûrement démobiliser ?

Pour nombre d’observateurs, le parti de Jean-Pierre aura tout le mal
du monde à survivre à la mort politique de son fondateur et leader
incontesté.
Saura-t-il passer la main pour laisser le leadership à autrui ? La
question reste posée. Pour l’heure, Eve Bazaiba pilote le Secrétariat
général. Du temps de la splendeur du MLC, notamment au retour de Sun
City et du maquis de Gbadolite en 2003, le poste de numéro 2 du parti
était fort convoité. Mais, au fil du temps, à la suite des défections
en série des compagnons de lutte du Chairman mais surtout de l’absence
prolongée de celui-ci au pays, il n’y a plus grand monde pour se
précipiter vers une structure qui s’apparente de plus en plus à une
coquille vide.
Si Jean-Pierre Bemba ne peut plus se battre pour la présidence de la
République, la députation nationale, les élections sénatoriales,
provinciales ou même municipales, que va-t-il encore représenter pour
une « base » qui voyait en lui le futur Moïse de la République
Démocratique du Congo ? Quel discours Eve Bazaiba et d’autres cadres
du MLC encore fidèles au Chairman vont-ils tenir aux militants de base
pour les convaincre de ne pas changer de camp politique ? Il y a lieu
d’avouer que sous son nouveau statut de prisonnier, Jean-Pierre Bemba
risque d’assister, impuissant, à l’implosion d’une œuvre politique
qu’il aura bâtie sur fond d’un mouvement rebelle. L’histoire nous
apprend que la nature a horreur du vide.
Kimp