Comment éviter la guerre mondiale africaine en RD Congo ?

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carte rdcL’information qui nous est présentée sur les conflits en cours à travers le monde et particulièrement en RD Congo, est tellement faussée que la vérité est devenue pratiquement méconnaissable. Cette volonté de maquiller la vérité est due avant tout aux agendas sélectifs des médias, des gouvernements puissants, des sociétés multinationales, des ONG et des groupes de pression. Les quelques conflits faisant la « une » parmi les conflits en cours à travers le monde sont volontairement choisis pour faire l’objets d’un examen de près et d’une indignation sélective, très rarement sur la base de l’étendue ou du degré d’urgence humanitaire. Par contre, les conflits ne faisant pas le hit-parade, demeurent à toutes fins utiles des conflits pas détectés, par conséquent absents de la conscience collective de la communauté internationale.

Le fait de reconnaître que les conflits en RD Congo dans sa partie Est (plus de cinq millions  de morts depuis 1998) sont marginalisés et exclus des agendas médiatiques, politiques  et publics n’est pas nouveau.

Ceci reste parmi les exemples des conflits qui sont demeurés inaperçus sur toutes les  manifestations des écrans-radar de la communauté Internationale malgré que ces conflits aient causé un très grand nombre de morts et de destructions.

La guerre mondiale africaine en RD CONGO est-elle évitable?

Notre but n’est pas de décrire tous les contours des conflits et de l’insécurité permanente dans la partie Est de la RD Congo mais nous voulons épingler les sources de cette guérilla et les intérêts des belligérants de poursuivre celle-ci en maintenant une situation instable dans la partie Est de la RD Congo.

Il s’agit en fait d’une convergence de plusieurs conflits liés aux niveaux local, national et régional qui se concentrent principalement sur la moitié Est de la RD Congo. Le conflit tire ses origines récentes dans les divisions internes exacerbées par des décennies de mauvaise gestion sous Mobutu soutenu par les USA, pendant des décennies de conflits ethniques et des flux de réfugiés qui ont abouti au génocide au Rwanda en 1994 et des retombées des guerres civiles étrangères sur le territoire de la RD Congo. Le gouvernement de la RD Congo, de nombreux groupes rebelles, les milices locales et les huit pays qui sont intervenus militairement ont ou ont eu des objectifs ou des agendas différents.

Il a été question en premier lieu des intérêts des Etats voisins de la RD Congo au lieu de ceux des maîtres de la colonisation ou des patrons de la guerre froide qui ont dicté le déroulement des conflits. Les hostiles opérations des mouvements rebelles à partir de bases en RD Congo ont fourni en grande partie la justification de l’intervention rwandaise et ougandaise.

          Les relations de la RD Congo avec les mouvements rebelles de l’Angola et du Soudan ont également pesé dans la décision d’intervenir. L’accès aux ressources en RD Congo a aussi été  un facteur clé dans l’intervention étrangère dans les deux côtés, en particulier avec des accords entre la RD Congo, le Zimbabwe et la Namibie.

          En termes d’une histoire de conflit, le génocide rwandais de 1994 est peut-être le point de départ de la guerre. En 1997, le Rwanda et l’Ouganda soutiennent l’alliance des anti-Mobutu. Celle-ci ne rencontre pratiquement pas de résistance dans leur parcours vers Kinshasa. Ainsi, Laurent Kabila a été installé comme Président de la RD Congo.

          Les désaccords se sont vite développés entre le nouveau régime de Laurent Kabila et les bailleurs de fonds qui l’avaient propulsé au pouvoir. Mécontents de l’attitude de Laurent Kabila de ne pas respecter leur accord secret, les bailleurs de fonds ont voulu une fois encore provoquer un changement de régime. Ainsi le 2 août 1998, les troupes rwandaises et ougandaises traversèrent la frontière en RD Congo, en intelligence avec les Congolais opposés au régime de Laurent Kabila. La suite de l’histoire, encore fraîche dans la mémoire collective des Congolais, est connue.

          Plusieurs initiatives africaines de paix ont apporté de nombreux accords, y compris un plan pour un gouvernement de transition, en attendant les élections de 2006. Mais l’impact sur la situation réelle a été limité, particulièrement-dans l’Est de la RD Congo.

          Pendant que la plupart des forces étrangères déployées en RD Congo ont été retirées, le conflit interne s’est poursuivi entre les mandataires du Rwanda et de l’Ouganda (étroitement contrôlés par leurs bailleurs de fonds), les forces gouvernementales de la RD Congo et leurs alliés, les milices Hutus, et d’autres mouvements rebelles des pays voisins. Les alliés, (notamment le Rwanda et l’Ouganda) sont devenus des ennemis, et les ennemis, des alliés.

          Les factions se sont divisées en factions à nouveau, et malgré quelques progrès, la paix généralisée et durable demeure vague. La guerre mondiale africaine en RD Congo a atteint son paroxysme et la balkanisation de la RD Congo n’est plus un sujet tabou car les velléités des mandataires de Rwanda et de l’Ouganda sont devenues visibles.

          Paradoxalement, le conflit s’est poursuivi économiquement à cause des richesses minérales de la RD Congo. La poursuite du conflit perpétue les conditions favorables à l’exploitation des ressources de la RD Congo par les parties en conflit, les sociétés et les individus opportunistes.

          Nombre de ces entités ont été impliquées dans le rapport final des experts des Nations Unies sur l’exploitation des ressources naturelles et autres formes de richesses de la RD Congo. A l’exception des parties en conflit, celles impliqués comprennent des sociétés multinationales basées en Belgique, en Afrique du Sud, au Royaume-Uni et aux USA. Les ressources exploitées comprennent le diamant, l’or, le cuivre et la cassitérite. Le coltan, un minerai qui est un élément essentiel dans la téléphonie mobile et autres appareils électroniques, demeure la ressource la plus influente dans le conflit.

          La guerre mondiale africaine en RD Congo se trouve être dans une complexité telle que cela nécessite absolument l’implication des grands décideurs politiques du monde de placer ce problème dans leur agenda politique, sinon l’Est de la RD Congo servira comme d’habitude de zone de prédilection pour déclencher les hostilités déstabilisatrices de notre pays.

L’agenda

          Des présidents, des premiers ministres, les politiciens et leurs porte-parole contribuent de manière significative à diffuser l’information réelle ou à déformer la réalité de l’état de conflit, pour l’ajuster à correspondre avec leurs objectifs politiques.

          Ceux qui espèrent maintenir le statu quo, ou évitent de s’impliquer dans un conflit, ignorent ou minimisent l’injustice et la violation des droits de l’homme. Le silence assourdissant sur la RD Congo est malheureusement évident que l’affirmation selon laquelle  il existe certains niveaux de meurtres, de violation des droits de l’homme et de souffrance humaine que l’Occident ne tolérera simplement pas, n’est guère plus de la rhétorique élaborée pour poursuivre des objectifs étroits de la politique étrangère.

Les aspects stratégiques de la crise en RD Congo

          ur l’échiquier géostratégique, il nous semble que le statu quo va encore demeurer pour longtemps.

          Malgré l’accord-cadre signé à Addis-Abeba en février 2013 sous l’égide de l’UA et en présence de Ban Ki-Moon, Secrétaire Général de l’ONU, ainsi que les efforts fournis par les Nations-Unies, l’UE et l’OIF, la situation politique stagne et le vrai dialogue politique tarde à venir alors que l’émergence d’un leadership visionnaire et constant incarné par le Président Etienne TSHISEKEDI a clairement défini la sortie de crise en RD Congo dans sa feuille de route. Mais cela n’interpelle pas la conscience collective de la communauté internationale à faciliter la tenue de ce dialogue politique.

          C’est autour de la RD Congo que gravitent toutes les forces centrifuges et centripètes capables d’instaurer la paix et faire démarrer un vrai programme de développement économique et social des pays de la sous-région. Dans une certaine mesure, toutes proportions gardées, nous pouvons affirmer que l’avenir des 11 pays constituant la CIRGL est fortement lié à la stabilité politique de la RD Congo. L’avenir de la RD Congo dépend des formations politiques visionnaires et engagées réellement dans le changement. Parmi ces formations politiques de l’échiquier de la RD Congo, l’Union pour la Démocratie et le Progrès Social (UDPS) a sa partition à jouer en vue de faire bouger les lignes. Le leadership visionnaire revient aujourd’hui au Président Etienne TSHISEKEDI. Lequel a esquissé la voie de sortie de crise. Malheureusement, il est incompris jusqu’à ce jour.

Les pistes de solution pour la sortie

          En dehors de nouvelles capitales émergentes qui n’ont cependant pas encore les moyens pratiques de faire face aux turbulences historiques des dernières décennies, le monde actuel, vu d’Afrique des grands lacs, est piloté depuis:

  • Washington, puissance américaine, avec son tandem britannique, qui ont façonné l’axe Kigali-Kampala en perte de vitesse. Et New York, siège onusien, continue à cautionner les options de la diplomatie internationale.
  • Bruxelles, Siège UE/ACP, elle aussi en perte de vitesse, mais garde une audience dans les capitales africaines en raison des liens paternalistes.
  • Genève, capitale internationale humanitaire, qui a l’avantage de rassembler dans la pure tradition helvétique de neutralité, les plus grands décideurs de ce monde globalisé d’aujourd’hui, y compris les représentants des fameux BRICS, les maîtres de demain, que la RD Congo a le devoir naturel de rejoindre pour redessiner la nouvelle région d’Afrique des Grands Lacs.
  • Addis-Abeba, siège UA, qui semble avoir envie de faire mieux que par le passé et qu’il va falloir approcher de manière pragmatique et utile.

          C’est l’occasion pour ces institutions citées plus haut de rendre opérationnels tous autres mécanismes non encore exploités par la diplomatie dans la région des grands lacs au cas où ces mécanismes s’avèrent indispensables dans une action visionnaire pouvant amener la RD Congo à trouver la solution idoine pour mettre fin à la crise politique actuelle dans le délai constitutionnel à savoir le 19 décembre 2016 en cas de non élection.

Le dialogue consistera à trouver un consensus après que les deux parties prenantes, UDPS et alliés d’une part, et la MP et alliés d’autre part auront élagué, sous la facilitation internationale, les points de divergence pour sortir la RD Congo de sa crise politique. On aura ainsi évité un embrasement de la situation politique dans notre pays.

 Kinshasa, le 9 mars 2016

Marcellin BILOMBA

Economètre

Cadre de l’UDPS

Directeur honoraire du Cabinet du Président E. Etienne TSHISEKEDI