Afrique : le temps est venu d’étendre à tous les enfants la couverture en vaccins essentiels

0
63

L’Afrique dispose d’une occasion unique d’offrir à tous les enfants une vie meilleure en assurant un accès universel à la vaccination pour les protéger des maladies évitables par ce biais. Les efforts déployés pour étendre la couverture vaccinale ont eu un impact considérable. En Afrique, les décès d’enfants ont été divisés par deux en l’espace d’une génération, en grande partie grâce à des interventions à forte incidence telles que la vaccination. Aucun cas de poliomyélite, une maladie qui paralysait jadis des enfants à travers le monde, n’a été diagnostiqué sur le continent depuis plus d’un an. L’arrivée d’un nouveau vaccin contre la méningite a également permis à des centaines de millions d’Africains de ne plus vivre dans la crainte de cette infection mortelle, qui a fait des ravages dans la « ceinture de la méningite ».

Les bienfaits de la vaccination vont bien au-delà de la santé. Les enfants vaccinés tombent moins souvent malades, ce qui se traduit une baisse des dépenses de soins pour les familles et le système de santé. Ils ont également plus de chances de poursuivre leur scolarité, ce qui a une incidence positive sur leurs perspectives économiques et celles de leurs communautés. La vaccination est l’une des stratégies les plus rentables pour améliorer les conditions de vie des populations et donner aux pays les moyens de réaliser pleinement leur potentiel économique.

Sur le continent africain, trop d’enfants sont malheureusement toujours privés de services de vaccination essentiels. Un enfant sur cinq n’y reçoit pas les vaccins dont il a besoin. L’Afrique affiche le taux de couverture vaccinale le plus faible de la planète. Cinq pays africains concentrent en effet plus de la moitié des nourrissons non vaccinés dans le monde.

Pour mobiliser les volontés, les bureaux régionaux de l’Organisation mondiale de la santé en Afrique et en Méditerranée orientale organisent conjointement avec l’Union africaine et d’autres partenaires la toute première Conférence ministérielle sur la vaccination en Afrique à Addis-Abeba, du 24 au 25 février 2016.

            Il s’agit d’un événement majeur, car pour la première fois, des ministres africains de la Santé et des Finances, entre autres, se réuniront pour affirmer leur engagement en faveur du renforcement des services de vaccination et faire de l’accès universel aux vaccins l’axe prioritaire des efforts engagés pour améliorer la santé et favoriser le développement durable. Ces responsables prennent aujourd’hui des mesures dans ce sens parce qu’ils ont conscience que les vaccins constituent un bon investissement et que leurs pays peuvent et doivent redoubler d’efforts.

            Si les avantages économiques de la vaccination apparaissent clairement, moins d’une vingtaine de pays africains financent actuellement plus de la moitié de leurs propres dépenses dans ce domaine. La générosité des donateurs extérieurs, notamment au cours des dix dernières années, a permis aux pays africains d’étoffer leurs programmes de vaccination et d’introduire de nouveaux vaccins. Si ce soutien continuera de jouer à l’avenir un rôle important, notre objectif commun est que, la croissance économique aidant, l’ensemble des gouvernements africains financent à terme l’intégralité de leurs programmes nationaux de vaccination.

            Il convient de noter que des représentants de la société civile et des dirigeants religieux participeront aux côtés des ministres à la Conférence, car l’élargissement de la couverture vaccinale n’exige pas uniquement des financements publics, mais implique également que les parents aient conscience de l’utilité de la vaccination et en fassent une priorité pour leurs enfants. L’ensemble de la communauté devrait participer à la planification des activités de vaccination, pour que les familles profitent des services proposés par les agents de santé.

            Il faut cibler prioritairement les communautés traditionnellement mal desservies, dans les régions où les systèmes de santé présentent le plus de lacunes. Plus les revenus ou le niveau d’instruction des parents sont bas, plus les enfants courent de risques de ne pas recevoir les vaccins adéquats. Dans les régions pauvres et reculées, les systèmes de santé chargés de fournir les vaccins et d’autres services de santé de base sont faibles, voire inexistants.

            Nous avons bon espoir que l’Afrique saura se montrer à la hauteur de ces défis, notamment au vu des succès obtenus dans la lutte contre la poliomyélite. Les dirigeants africains à tous les niveaux se sont engagés à vacciner tous les enfants contre cette maladie. Les communautés et les dirigeants religieux ont été impliqués au processus pour convaincre les parents. Le programme de lutte contre la polio avait pour objectif d’atteindre tous les enfants sans exception en dépit de conditions extrêmement difficiles, notamment des conflits.

            Ces efforts ont permis de renforcer les compétences des acteurs concernés ainsi que les infrastructures nécessaires pour vacciner les enfants contre toutes les maladies. Les pays qui sont venus à bout de la polio disposent de meilleurs équipements pour conserver les vaccins au frais, mais aussi d’agents de santé mieux formés et de mécanismes pour surveiller la propagation des maladies. Investir dans le maintien de ces infrastructures permet à la fois de prévenir le retour de la polio et de faire avancer d’autres priorités en matière de santé.

            Jamais les bienfaits de la vaccination en Afrique n’ont été aussi évidents et la couverture vaccinale universelle, autant à notre portée. Nous sommes impatients d’accueillir des dirigeants de différents secteurs et pays les 24 et 25 février prochains afin de prendre des mesures énergiques pour que chaque enfant africain reçoive les vaccins dont il a besoin pour mener une vie saine et productive.

À propos des auteurs :

Matshidiso Moeti est Directrice régionale de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) pour l’Afrique. Forte d’une expérience de plus 35 années dans le domaine de la santé publique aux niveaux national et international, elle est la première femme nommée à ce poste en Afrique.

            A la Alwan est Directeur régional de l’OMS pour la Méditerranée orientale. Avant d’occuper ces fonctions, il était Sous-Directeur général chargé des maladies non transmissibles et de la santé mentale au Siège de l’Organisation et Sous-Directeur général pour les interventions sanitaires en cas de crise. Il a également occupé le poste de Ministre de l’Éducation et Ministre de la Santé du gouvernement iraquien.

(PAR MATSHIDISO MOETI ET ALA ALWAN)