16 février : Kinshasa victime du syndrome de la ville-morte

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grand marchéJournée ville-morte réussie ou avortée : c’était la grande controverse hier mardi 16 février 2016 entre l’Opposition et la Majorité au pouvoir. Les observateurs ont noté que la ville de Kinshasa, sans pour autant connaître une paralysie totale, a accusé le coup dans plusieurs de ses secteurs névralgiques. Le constat fait dès les premières heures de la matinée est que des bus de la société publique Transco étaient alignés, à la queue leu leu, dans différents parkings de la capitale, notamment Kingasani/ Terminus, Kingasani/Pascal, N’Djili Sainte Thérèse, N’Djili Quartier 1, Matete, Lemba/ Salongo, Gare Centrale, Ngiri-Ngiri, Bandal/Moulaert, Bandal/Tshibangu, UPN, Campus de Kinshasa, etc. Leur nombre, anormalement élevé, a contrasté avec une faible présence de passagers. Ainsi, les régulateurs du trafic ont dû mettre en mouvement plusieurs bus roulant à vide, faute de clients.

La journée des fonctionnaires

Souvent accusés d’absentéisme, les fonctionnaires étaient comptés hier parmi les rares Kinois contraints de sortir matinalement de leurs maisons pour échapper à la menace de sanctions brandie contre eux la veille par le Vice-Premier ministre et ministre du Travail, Emploi et Prévoyance sociale, dans un communiqué officiel largement diffusé et invitant leurs hiérarchies à prélever des absences. Au niveau de plusieurs ministères et secrétariats généraux des ministères, cadres et agents de l’Etat ont dû passer leur journée en causerie sous les arbres, en attendant que les différents directeurs et chefs de division puissent lever le camp.

Pour une fois, les curieux présents dans les parages des ministères ont pu se rendre compte à quel point ceux-ci drainent des effectifs pléthoriques. L’espace a réellement manqué ça et là, pour accueillir des masses laborieuses dont la visibilité, en temps normal est, quasi nulle.

Décor chaotique au centre-ville

S’agissant des commerces, la plupart sont restés fermés, aussi bien au centre-ville (Gombe) que dans les communes périphériques. Dans la banlieue, les magasins des sujets indo-pakistanais sont restés hermétiquement fermés. Les habitués de plusieurs grandes surfaces qui voulaient s’approvisionner de bonne heure ont dû battre en retraite. Quelques unes ont tout de même ouvert à la mi-journée, après que leurs responsables se soient assurés que leurs installations ne courraient aucun risque. Les petites boutiques, d’ordinaire opérationnelles avant 7 heures du matin, affichaient elles aussi des cadenas non dénoués.

Les chauffeurs de taxi-bus et leurs receveurs, souvent présents sur les routes à partir de 4 heures du matin, ont préféré garer leurs engins, question de voir venir les choses. Si quelques uns se sont lancés dans le trafic, d’autres ont opté pour la sagesse, afin de ne pas gaspiller essence, lubrifiants et autres pots de vin pour les policiers de roulage, eux-mêmes invisibles aux carrefours.

 De leur côté, beaucoup de Kinois avaient opté, depuis l’avant-veille, pour l’école buissonnière aussi bien sur leurs lieux de travail que leurs sites (ports, aéroports, parkings) de débrouille. Le Marché Central de Kinshasa, les avenues Itaga, Kato, Commerce, Tombalbaye, Colonel Ebeya et autres Plateau – symbole des activités marchandes – ont présenté un décor désertique. Une grève non déclarée semblait avoir fait fuir marchands et clients.

L’autre fait bizarre enregistré hier est que la plupart des guichets de banque étaient inaccessibles à la clientèle. Les rares institutions financières ayant ouvert leurs portes n’ont pas permis à leurs clients « bancarisés » de toucher leurs salaires, ce qui a fait monter la tension chez ces derniers, priés de revenir aujourd’hui ou plus tard.

Que s’est-il passé au niveau de l’enseignement primaire et secondaire ? Nul ne le sait. Toujours est-il que de nombreux écoliers et élèves avaient été priés par leurs maîtres et professeurs de « ne pas sortir » le mardi 16 février 2016. Les rares bleu-blanc qui avaient cru avoir mal capté le message et qui ont eu la curiosité de se présenter à leurs écoles ont trouvé les portails de leurs établissements cadenassés.

Le syndrome de la ville-morte a également touché les médias, avec l’absence de plusieurs journaux dans les kiosques. Quant aux vendeurs à la criée, si actifs et si présents, ils ont purement et simplement déclaré forfait. Les ports privés de Ndolo n’ont pas connu leur ambiance habituelle, les « maman bipupula » et les porteurs ayant joué aux abonnés absents.

Circulation automobile normale

S’il y a une chose dont ne pouvaient se plaindre hier Kinoises et Kinois, c’est la circulation automobile. Non seulement elle était fluide mais en plus, il y avait des bus, des taxi-bus et des taxis disponibles aux quatre coins de la ville. D’ordinaire arrogants, les taximen ont passé leur journée à supplier des clients hypothétiques. Les fameuses « courses expresses », aux tarifs surfaits, étaient rayés des transactions. KIMP