Le Projet « Bokonzi ya bana Kin »dote la commune de Makala d’un Plan d’amélioration des services

0
230

L’une des vingt-quatre communes de la ville de Kinshasa, Makala vient de se doter d’un Plan d’amélioration de la qualité des services. Les populations à la base, notamment des entités administratives (communes, quartiers, avenues, rues …) qui y ont contribué sont appelées à jouer un rôle moteur dans la gouvernance des actions de développement mises en œuvre pour l’amélioration des conditions de vie des populations et l’enracinement de la culture de redevabilité.

Initié à la demande du Projet « Bokonzi ya bana Kin », le présent Plan d’amélioration des services est opérationnel dans deux communes, à savoir Makala et Selembao. Il a été financé par l’Union Européenne et réalisé conjointement par le Réseau d’Acteurs non Etatiques et les acteurs étatiques avec l’appui technique de Care (Cooperative for Assistance and Relief Everywhere) Nederland, en partenariat avec SERACOB (Service d’appui aux organisations de la société civile et aux communautés de base) et la Nouvelle société civile congolaise (NSCC).

Certains partenaires locaux, dont notamment le Réseau d’acteurs étatiques, les Acteurs non étatiques et les Organisation non gouvernementales de développement opérant à la base, ont participé activement au travail de sensibilisation à la mobilisation communautaire, de collecte des données à travers les diagnostics participatifs et d’élaboration des Plans de Développement Locaux (PDL).

Epineux problèmes d’éducation et de santé

La commune de Makala est une entité périurbaine dont près d’un quart de la population croupit dans la pauvreté. Cette situation dramatique a des conséquences fâcheuses directes sur l’éducation et la santé, ainsi que sur tous les aspects de la vie de toute la population.

A propos de l’éducation, il y a lieu d’épingler un certain nombre de facteurs qui contribuent négativement à la déscolarisation de la jeunesse et au rabais continu du système éducatif. Il s’agit notamment du chômage et de la pauvreté des parents ; la non application de la gratuité de l’enseignement primaire ; l’insuffisance des écoles publiques donnant lieu à la prolifération des écoles privées non viables ; le coût élevé des frais scolaires qui contraste curieusement avec le faible revenu des parents ; la distance et l’inaccessibilité des écoles ; la pollution sonore, le jour comme la nuit, des terrasses et églises de réveil ; l’absence des centres culturels et des bibliothèques publiques, ainsi que de la culture de la lecture ; l’absence  des centres de récupération pour la formation technique et professionnelle …

Abandonnés à leur triste sort, les jeunes se tournent alors vers le banditisme (le phénomène kuluna), le cambriolage, la consommation de l’alcool (supu na tolo) et la drogue, le viol, etc. De leur côté, les jeunes filles embrassent la prostitution, s’exposant ainsi à des grossesses précoces et souvent non désirées (c’est ce qui explique le taux élevé des filles-mères), ainsi qu’aux maladies sexuellement transmissibles dont le VIH/SIDA.

La situation n’est pas non plus reluisante sur le plan de la santé (administration des soins de santé et prise en charge des malades). En effet, Makala ne compte aucune formation médicale (hôpital, polyclinique, clinique ou centre médical) de référence. L’unique centre de santé de secours public est logé au bâtiment de la maison communale. Mais hélas, son état de viabilité et la qualité des services ne répondent nullement aux attentes de la population.

Par ailleurs, la démission du pouvoir public a ouvert la voie à l’anarchie, à la prolifération, comme des champignons dans la brousse, des centres de santé pirates (parfois non reconnus par la zone de santé). Bien plus, l’enclavement des quartiers, l’éloignement des centres de santé, l’accès difficile aux soins de santé de qualité, l’insuffisance d’équipements et médicaments essentiels dans les structures sanitaires, l’absence d’une banque de sang et des structures spécialisées, le manque d’appui, la défaillance des services de vaccination … sont différents maux qui rongent constamment ce secteur de la vie sociale, dans la commune de Makala.

Difficile accès à l’eau et à l’électricité

Outre la précarité des soins de santé et la faible performance du secteur de l’éducation, la population de la commune de Makala fait également face à plusieurs autres tristes réalités : l’irrégularité chronique, presqu’institutionnalisé, de fourniture d’eau potable et de l’électricité.

En effet, Makala, comme d’ailleurs beaucoup d’autres communes de la ville de Kinshasa souffre de l’insuffisance, mieux de la pénurie d’eau potable. La vétusté et surtout la destruction de la tuyauterie de la Regideso est à la base de cette situation qui pénalise la plupart de ménages de cette  commune.

De même, la vétusté des câbles électriques de la Société nationale d’électricité (SNEL) entraîne une faible couverture en énergie électrique. Tous les quartiers périphériques baignent dans le noir. Ce qui explique le taux élevé du phénomène kuluna et de la criminalité.

Cri de cœur de la population

Face à ce tableau combien sombre de leur commune, les habitants de Makala lancent un cri de cœur aux autorités tant provinciales que nationales, aux organismes nationaux comme internationaux, ainsi qu’aux hommes de bonne volonté à leur venir en aide, pour relever les défis prioritaires de la vie sociale dans cette partie de la capitale congolaise : le renforcement des capacités du système éducatif par l’amélioration de l’accès à l’école dans des conditions qui assurent l’équité à tous ; la rèleve de la qualité des enseignements et de l’apprentissage professionnel, afin de combattre le phénomène kuluna et le banditisme urbain ; la réhabilitation, la construction et l’équipement des structures de santé ; le renforcement des capacités de gestion des ressources humaines à tous les niveaux du système de santé, afin de réduire le taux de morbi-mortalités infantile et maternelle ; l’amélioration de l’accès à l’eau potable et à l’énergie électrique, afin de lutter contre les maladies hydriques et la criminalité ; l’amélioration des conditions d’hygiène et d’assainissement par la la sensibilisation de la communauté, de la redynamisation, la formation et l’équipement des services techniques communaux chargés de l’hygiène et assainissement ainsi que la disponibilisation d’un point de collecte des ordures comme c’est le cas dans d’autres communes.

Bref rappel historique

Makala fut une vaste forêt couvrant les communes actuelles de Ngaba, Makala, Selembao, Bumbu, Mont Ngafula, ainsi que le quartier Binza. Il était dirigé par le Chef coutumier Musoni  de la tribu Teke-Humbu. Pour certains, le nom de « Makala » tire son origine de la langue Humbu qui signifie « cri ». Pour d’autres, par contre, ce nom proviendrait de la braise ou charbon de bois que produisaient les peuples Bangala qui avaient installé leur marché sur le site de l’actuelle prison de Makala.

En 1968, ces espaces qui faisaient parties du territoire de Kasangulu étaient annexés à la ville de Kinshasa et subdivisés en fut communes ci-haut citées. Joseph Tuwanuka est le premier bourgmestre de la commune de Makala. L’actuel bourgmestre, Musa Abdul Raaszac, en est le treizième. En tant qu’entité administrative, la commune de Makala compte 18 quartiers, dont Kwango, Mikasi, Mabulu II, Malala, Tampa, Mawanga, Selo, M’fidi, etc.

Michel  LUKA