Crédits de 140 millions USD non remboursés : FPI, la fuite en avant des débiteurs

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FPI-1L’affaire des crédits de 140 millions de dollars non remboursés par des débiteurs du FPI (Fonds de Promotion de l’Industrie) fait grand bruit dans les milieux politiques et d’affaires de la RDC depuis qu’une fuite d’information a révélé, en fin de semaine dernière, le contenu du rapport d’une commission d’enquête de l’Assemblée Nationale. Les investigations des limiers du Palais du Peuple ont couvert la période allant de 2008 à 2014.

Le constat malheureux fait à cet effet est que 70% de projets industriels financés par le FPI n’ont jamais connu un début d’exécution.

 A en croire le document déposé sur la table du président du Bureau de l’Assemblée Nationale depuis le mois de novembre, en pleine session parlementaire « budgétaire », et qui n’a pas été traité en plénière pour des raisons non élucidées, les plus gros débiteurs de cet établissement public se recrutent dans les rangs des ministres et parlementaires aussi bien en fonctions que ceux versés dans la « réserve » de la République.

Mais les enquêteurs de la chambre basse du Parlement, tout en recommandant au FPI de tout faire pour recouvrer les fonds publics mis à la disposition de promoteurs industriels indélicats, pointent un doigt accusateur en direction de son Comité de gestion, soupçonné d’être de mèche avec des politiciens n’ayant aucune activité industrielle.

Tous ceux qui ont suivi, en ce début de semaine, une « tribune libre » télévisée entre un groupe de journalistes congolais et des cadres de direction du FPI, ont pu noter, plusieurs zones d’ombres dans le dossier de la Commission d’enquête parlementaire. S’agissant des crédits, ils ne se rapportent pas exclusivement à la période de 2008 à 2014. Selon les archives de cet établissement public, certaines dettes remontent à sa création, c’est-à-dire il y a 25 ans. Le comité Mbengele, auquel certaines langues imputent la complaisance dans l’octroi des crédits et le laxisme dans le processus de recouvrement, a trouvé ces créances en souffrance à son entrée en fonction, il y a huit ans.

En ce qui concerne les procédures d’octroi des crédits, des experts du FPI ont expliqué aux médias que les demandes sont reçues et examinées par les services outillés à cette fin, selon des critères fixés dans l’ordonnance-loi du 7 août 1989 portant sa création. Le terme « Commission » utilisé par les députés enquêteurs pour discréditer les gestionnaires du FPI est impropre car les frais liés au traitement des dossiers de demande de crédits (frais hypothécaires, d’études, de suivi-supervision, de TVA) sont plafonnés à 10 %.

Les débiteurs aux abois

L’opinion intérieure pense que les débiteurs du FPI veulent organiser une fuite en avant, en ouvrant la fausse piste de la mauvaise gestion de cet établissement public, alors que le fond du problème reste le dépassement des délais légaux de remboursement et le passage à la phase de l’application des règles du jeu en matière de crédits, c’est-à-dire, la saisie des biens hypothéqués ou, à défaut, des poursuites judiciaires contre les débiteurs insolvables. La fin imminente de la législature en cours et le spectre d’un changement de gouvernance au sommet de l’Etat fait craindre des lendemains difficiles aux débiteurs du FPI qui se cachent derrière leurs immunités ou usent du trafic d’influence pour ne pas honorer leurs engagements financiers, pourtant souscrits sous le statut de promoteurs industriels.

          On rappelle qu’il y a quelques mois, lorsque son Comité de gestion avait publié dans la presse la liste des débiteurs, il avait reçu de menaces de toutes sortes, certains décideurs politiques, réputés mauvais payeurs, l’accusant de vouloir déstabiliser des animateurs des institutions de la République. C’est peut-être l’occasion d’interpeller le Conseiller Spécial du Chef de l’Etat chargé de la bonne gouvernance, de la lutte contre la corruption, le blanchiment des capitaux et le financement du terrorisme afin qu’il puisse s’intéresser au dossier des criminels économiques qui cherchent la « mort » du FPI, après la liquidation de la SOFIDE (Société Financière et de Développement), de la BCA (Banque de Crédits Agricoles), de la CNECI (Caisse Nationale d’Epargne et de Crédits Immobiliers), etc. La RDC, qui aspire à devenir un pays « émergent » en 2030, est-elle capable de relever ce pari sans l’émergence de petites et moyennes industries créatrices de richesses ?

                             Kimp