17 mai 1997 : le jour où le piège s’est refermé sur les Congolais

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Tout sauf Mobutu ! Tel est le cri qui était à la mode d’abord au lendemain du limogeage illégal du Premier Ministre élu par le peuple, ensuite par la fin brusque de la Conférence Nationale Souveraine et enfin par la nomination de feu Faustin BIRINDWA à l’issue d’un conclave au Palais de la Nation. La colère monta de plusieurs crans au lendemain de la nomination de Léon KENGO en 1994 au poste de premier ministre, en violation de l’Acte Constitutionnel de la Transition. L’opinion congolaise et des hommes de bonne volonté étaient alors très déçus. Cela allait durer quatre ans, jusqu’au jour où des informations en provenance d’Uvira montrèrent les images de trois hommes, dont un certain L.D. KABILA, aux côtés de son fils et d’un certain Anselme MASASU Nindaga. C’était le début de la révolte des « Banyamulenge » pour réclamer leur nationalité prétendument ravie à la suite du rapport de la commission VANGU Mambweni.

Comme à l’époque l’internet tout comme le téléphone portable n’étaient pas à la portée du commun des mortels, il a fallu presque cinq mois pour se rendre à l’évidence que des éléments de l’armée régulière rwandaise formaient le gros des troupes de l’AFDL ou Alliance des Forces Démocratiques pour la Libération du Congo. Sept mois après, sans aucune résistance militaire à part les accrochages de Kenge et avec l’appui des populations qui en avaient marre du régime du MPR-parti Etat, les éléments de ce mouvement politico-militaire firent leur entrée triomphale à Kinshasa le 17 mai 1997. La veille, on le sait, le maréchal Mobutu très malade avait pris la fuite vers Gbadolite, village d’origine de ses ancêtres situé dans le Nord Oubangui où il échappa de justesse à la colère de ses propres frères et sœurs tribalo ethniques avant de pénétrer à bord d’un char de combat dans un aéronef de marque soviétique Antonov 32 qui prit la direction de Lomé au Togo chez son vieil ami Gnasingbe EYADEMA. Une page mémorable de l’histoire politique congolaise venait d’être tournée définitivement sous l’œil complaisant des puissances occidentales ravies de se débarrasser de cet homme qui s’était considéré comme un dieu sur terre.

Des espoirs déçus
Tout en sachant que derrière les « kadogo » de feu Mzee L.D. KABILA se cachaient des éléments de l’armée régulière rwandaise, les Congolais croyaient naïvement que le pays était réellement libéré du joug du népotisme et de l’obscurantisme. Hélas ! Ils vont déchanter trois mois après.
En effet, les Congolais allaient vivre des scènes insoutenables avec des convois des milliers d’officiers militaires de l’armée nationale déportés vers la base de Kitona dans le Bas-Congo pour un soit-disant séminaire de réarmement moral. Ce fut un véritable mouroir car dépourvus de vivres, médicaments, logements décents et soumis aux traitements inhumains, des centaines d’entre ces infortunés connurent un sort non enviable, à savoir la mort par milliers. Certains furent jetés soit dans la brousse environnante, soit dans l’océan Atlantique. Ce calvaire ne prit fin que lorsque la triste nouvelle fut révélée au Monde par des Ong de défense des droits de l’homme relayées par des médias nationaux et périphériques.

Les déboires de la commission Koffi Amega
C’est avec stupéfaction et consternation que les Congolais apprirent que des centaines des milliers des réfugiés hutus rwandais avaient été massacrés dans des sites où ils avaient été hébergés par le Haut Commissariat de l’Onu pour les Réfugiés. Notamment dans les localités de Tingi-Tingi dans la Province Orientale et Wendji à l’Equateur. Des protestations fusèrent de partout à la suite des cris d’horreur lancés par Mme Eva BONINA, haut commissaire de l’ONU chargée des droits de l’homme. C’est alors que le Conseil de Sécurité des Nations Unies prit la résolution d’envoyer sur les lieux la Commission dirigée par le Togolais Koffi AMEGA.

Cette nouvelle provoqua des fortes protestations dans le camp des alliés rwandais du régime de L.D. KABILA. Tout d’abord, Kigali expulsa certains experts de cette commission qui tenaient à se rendre au Rwanda pour des investigations préliminaires. Ensuite, le président de la dite commission fut bloqué à Kinshasa sans motif valable jusqu’au jour où il décida de faire ses valises. L’AFDL et son allié venaient de gagner la première manche malgré le rapport horrible et accablant des massacres de près de 300.000 réfugiés hutu rwandais, tous âges et sexes confondus par des contingents des commandos envoyés par Kigali. Dieu merci, ce rapport a été récupéré par celui dit Mapping de l’ONU qui a aussi provoqué la colère des autorités rwandaises jusqu’à menacer de retirer leurs troupes déployées dans le Darfour au Soudan dans une mission de maintien de la paix pour le compte des Nations Unies.

Le Révérend Jessie JACKSON éconduit comme un malfrat
Tenant à tout prix à sauver la paix et le processus de démocratisation menacée par des velléités dictatoriales dans le chef des tenants du régime de l’AFDL, le Président Bill CLINTON dépêcha à Kinshasa son envoyé spécial en la personne du Révérend Pasteur Jessi JACKSON. Ce dernier fut tourné en bourrique par le régime au pouvoir et n’eût jamais l’occasion de s’entretenir avec feu L.D. KABILA.        
Entre-temps, à travers un rire fou, le président de l’AFDL s’était vanté au cours d’une conférence de presse d’avoir  coupé le téléphone à Mme Margaret ALLBRIGHT, secrétaire d’Etat américaine.

Tshisekedi relégué au village                
Avant que le Révérend Jessi JACKSON n’ait quitté la RDC pour le Ghana, le président national de l’UDPS qui avait eu des entretiens avec l’envoyé spécial de Bill CLINTON fut cueilli froidement à son domicile privé de Limete pour être jeté comme un bandit de grand chemin dans un cachot de l’Agence Nationale des renseignements. Avant d’être relégué le lendemain dans son village d’origine de Kabeya-Kamwanga. Son tort, on le saura plus tard,fut d’avoir réclamé aux alliés  de l’AFDL, notamment les rwandais, ougandais, burundais et érythréens la facture de leur assistance militaire pour laisser les congolais seuls poursuivre leur processus de démocratisation. Car, l’émissaire spécial de Bill CLINTON avait reçu le même jour  Antoine GIZENGA, leader du PALU qui  n’a jamais été inquiété.

Cercle vicieux des alliances militaires

Très peu des gens avaient perçu les véritables motifs de cette assistance militaire et surtout le refus opposé par les alliés de rentrer chez eux dès lors que les congolais étaient en plein processus de démocratisation déclenché par la Conférence nationale Souveraine. Une véritable pieuvre aux tentacules multiples, car lorsque l’on parvient à couper l’une d’entre elles, l’autre repousse sous une autre forme. C’est dans ce pays que le régime en place nomma un officier supérieur rwandais du nom de James KABAREHE au poste de chef d’Etat major Général de l’armée nationale en le faisant passer pour un congolais de souche banyamulenge. Le prétexte sécuritaire de la guerre préventive contre les Interahamwe fut battu en brèche par les opérations militaires conjointes déclenchées vers la fin du deuxième semestre de l’année 2008.

Car, deux mois après ces opérations, les fameux interahamwe devinrent plus virulents et sanguinaires contre les populations locales des provinces de l’Est, particulièrement le Kivu. Après l’AFDL, ce fut le tour du RCD, du CNDP et aujourd’hui du M23. Le plus révélateur, c’est que tous ces mouvements politico-militaires sont animés par des éléments tirés d’une ethnie des territoires de Masisi et Rutshuru dont la plupart ne sont que des ressortissants du Rwanda comme le sieur Bosco NTAGANDA.
L’histoire retiendra que la RDC fut le théâtre de la première guerre mondiale en Afrique pour des prétextes fallacieux dissimulant mal des convoitises pour faire main basse sur les ressources naturelles du pays de Patrice LUMUMBA. Cela, par des gens qui avaient bénéficié de l’hospitalité séculaire du Congo.                        

F.M.    

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