16 février 1992-16 février 2014 : les Catholiques de Kinshasa refusent d’oublier

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catholique kinshasaIl y a 22 ans, plusieurs dizaines de chrétiens catholiques, fraîchement sortis des cultes et engagés dans des marches pacifiques en vue de réclamer la réouverture de la Conférence Nationale Souveraine, fermée sur décision du Premier ministre Ngunz a Karl-i-Bond, étaient massacrés à travers Kinshasa par la soldatesque de Mobutu, renforcée par des mercenaires venus d’un pays étranger. Selon des sources indépendantes, plus d’une centaine de personnes étaient mortes par balles ou à la suite des coups de baïonnette.

Comme par hasard, le triste événement s’était produit un dimanche du mois de février 1992. Et hier, c’était un dimanche. De nombreux chrétiens ayant survécu à cette tragédie et ceux qui l’ont apprise par les écrits ou de bouche à oreille ont participé massivement aux cultes d’actions de grâces organisés en mémoire des martyrs de la démocratie.

Il leur a été rappelé que la marche des chrétiens du 16 février 1992 avait marqué le grand tournant de la lutte de libération du peuple de l’ex-Zaïre de la dictature, déjà fragilisée par les massacres des étudiants de l’Université de Lubumbashi, survenus en mai 1991. Le sacrifice de sang des dizaines de héros anonyme fut le véritable catalyseur du combat des forces vives de la Nation pour le changement. Les conséquences des tueries gratuites de février 1992 furent multiples : radicalisation des mesures de suspension de la coopération structurelle entre l’ex-Zaïre et l’Occident, renforcement de l’isolement de Mobutu et des dignitaires du MPR, Parti-Etat, accroissement des pressions internes sur une dictature vacillante, finalement achevée le 17 mai 1997 par l’AFDL (Alliance des Forces Démocratiques pour la Libération du Congo).

Revisitant le passé, les Catholiques de Kinshasa ont fait un constat amer, selon lequel les libertés individuelles souffrent des obstructions diverses de la part des forces de l’ordre, le plus souvent instrumentalisées par des décideurs politiques très allergiques aux manifestations pacifiques. Au lieu d’encadrer les manifestations publiques, telles que prescrit par les textes de loi, les forces de l’ordre passent à côté de leur objectif, en privilégiant la répression violente, en tirant à balles réelles, parfois sans sommation, sur des civils non armés. Hier comme aujourd’hui, la mort est encore distribuée gratuitement chez des manifestants pacifiques.

Les chrétiens catholiques de Kinshasa notent avec regret que les choses n’ont pas fondamentalement changé au chapitre des droits humains. Pourtant, la marche du 16 février 1992, comme celles qui se succèdent dans les rues de Kinshasa ou d’autres villes du pays se veulent un appel à la conscience collective en vue de l’émergence de la démocratie, de l’Etat de droit.

                                   Kimp

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