14 jours à Kampala…14 jours au Palais du Peuple !

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kampalaLa coïncidence est fort troublante. Les Concertations nationales lancées par le Chef de l’Etat, Joseph Kabila Kabange, le samedi 07 septembre 2013 au Palais du Peuple, ne devraient pas dépasser 14 jours. Curieusement, les négociations entre le gouvernement congolais et les rebelles du M23, dont la reprise est annoncée pour ce lundi 9 septembre à Kampala, en Ouganda, devraient être bouclées en 14 jours.

On aurait pu parler d’un pur hasard de calendrier, si les Chefs d’Etat et de gouvernement, ainsi que les délégués de l’ONU, de l’Union Européenne, de l’Union Africaine et des USA présents au 7me Sommet de la CIRGL (Conférence Internationale sur la Région des Grands Lacs) ne savaient pas que Kinshasa était déjà fin prêt pour l’accueil des Concertations nationales. La cérémonie de leur ouverture, initialement prévue pour le mercredi 05 septembre, avait même été retardée de trois jours, afin de permettre à Joseph Kabila d’être présent dans la capitale ougandaise.

Pourquoi les maîtres du monde ont-ils maintenu leur option de ramener absolument les autorités de Kinshasa et les rebelles du M23 à la table des négociations, alors qu’une des recommandations de l’Accord-cadre d’Addis-Abeba portent sur la nécessité d’un processus politique global pour résoudre la crise congolaise ? Faut-il entendre par là la conclusion, entre le gouvernement congolais et ce mouvement rebelle, d’un nouveau deal politique ? 

Mais où donc se joue réellement le sort du Congo ?

C’est la grande interrogation qui intrigue des millions de Congolais qui cherchent désespérément des réponses à la tenue concomitantes de deux « Dialogues » congolo-congolais qui ne semblent pas viser les mêmes objectifs. A Kinshasa, les différentes thématiques à débattre entre participants devraient concourir à booster la cohésion nationale, la réconciliation nationale, la fin de la guerre à l’Est du pays, les réformes institutionnelles, le respect de la souveraineté nationale et de l’intégrité territoriale, la bonne gouvernance, le développement national, etc.

S’agissant de Kampala, l’on assiste à la confrontation des thèses divergentes. Dans l’entendement de la communauté internationale, Kinshasa et le M23 devraient conclure un nouvel accord de collaboration, lequel devrait se fonder sur une paix négociée au Nord-Kivu. Mais lorsque l’on tend l’oreille au discours des décideurs politiques et experts congolais, l’on est surpris d’entendre que pour eux, le M23 devrait cesser d’exister et se mettre au pas de la Constitution et des lois de la République.

Quant on cherche à savoir pourquoi ils ont accepté le rendez-vous de Kampala pour aller dialoguer, 14 jours durant, avec des criminels notoirement connus, on perd son latin. Qu’attendent les autorités congolaises des hors-la-loi qui n’obéissent, depuis qu’ils ont repris les armes en mai 2012, qu’aux agendas arrêtés à Kigali et Kampala, lesquels restent fondés sur la balkanisation de la RDC et le pillage de ses ressources naturelles ?

A propos du M23, tout le monde sait que ce mouvement rebelle modifie son cahier de charges au gré de la volonté des maîtres de Kigali et Kampala. Tout au long du dernier week-end par exemple, son chef politique, Bertrand Bisimwa, n’a cessé de pérorer que son mouvement ne posait que deux conditions pour déposer les armes : le rapatriement de tous les Congolais cantonnés dans des campas des réfugiés en Ouganda, au Rwandais et au Burundi ainsi que la neutralisation des FDLR (Forces Démocratiques pour la Libération du Rwanda) et leur rapatriement dans leur pays d’origine.

Le premier préalable cache, on s’en doute, le dessein de créer de nouvelles colonies de peuplement dans la partie Nord et Est du pays, avec des centaines de milliers voire de faux Congolais que personne ne saurait ni recenser, ni contrôler. Quant au second, il serait la porte ouverte à un nouveau safari des soldats ougandais et rwandais en Province Orientale et au Nord-Kivu, sous prétexte d’opérations mixtes avec les FARDC, en vue d’éradiquer cette catégorie de forces négatives. Mais combien d’expéditions « punitives » faut-il aux armées ougandaises et rwandaises à l’intérieur des frontières congolaises, pour vider les poches des forces négatives étrangères ? Depuis 1996, elles feignent de passer au peigne fin les forêts, collines et vallées du Nord et de l’Est du pays, sans pour autant mettre un terme au phénomène FDLR, ADF/Nalu et autres Armée de Résistance du Seigneur.

Les décideurs congolais otages d’un agenda caché ?

 Logiquement, les Congolais ne peuvent pas être appelés à dialoguer à la fois à Kampala et au Palais du peuple, s’il est acquis qu’ils sont en phase avec la communauté internationale dans son approche de la crise congolaise. Les observateurs continuent à douter de bonnes intentions de ceux qui prétendent se battre pour l’unité du Congo, la fin des souffrances des populations de sa partie Est, la stabilisation de ses institutions, la relance de son développement … tout en l’entraînant dans des deals politiques allant dans le sens du bradage de sa souveraineté et de ses richesses.

Tout se passe comme si les décideurs congolais sont prisonniers d’un agenda caché, lequel pourrait avoir comme revers, en cas de refus d’agir sous la dictée de l’extérieur, l’implosion du Congo en tant qu’Etat. Dans l’hypothèse où notre destin ne nous appartiendrait plus, il serait plus honnête que ceux qui le savent informent correctement la Nation.            Kimp

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